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Ces synthèses documentaires ne peuvent pas être confondues
avec des positions officielles de l'administration.
Pour toute remarque, vous pouvez nous contacter à l'adresse suivante
: cedef@finances.gouv.fr
Les fonds d'investissement souverains sont
des fonds d'États qui gèrent l'épargne nationale
et cherchent à la faire fructifier en l'investissant dans des
placements variés (bons du trésor, immobilier, actions,
etc.). Ils permettent aux gouvernements enrichis par la flambée
des prix du pétrole et des matières premières,
ou par la croissance de leur économie, d'investir à long
terme dans des actifs financiers à rendement accru.
Au niveau mondial, on dénombre aujourd'hui une quarantaine de
fonds souverains, souvent contrôlés par des pays émergents.
Début 2008, le montant des actifs ainsi gérés s'élèverait
selon les estimations à plus de 3.000 milliards de dollars. D'ici
quelques années, ces fonds pourraient atteindre une dizaine de
milliers de milliards de dollars. C'est pourquoi, malgré le rôle
positif qu'ils peuvent jouer dans le financement de l’économie,
les fonds souverains, soupçonnés de servir des objectifs
davantage politiques qu'économiques suscitent l'inquiétude
des pays occidentaux.
Alain Demarolle, missionné en mars
2008 sur le sujet par la ministre de l'économie, de l'industrie
et de l'emploi, a remis le 22 mai 2008 son rapport, dans lequel il examine
l'évolution récente des fonds souverains et en relève
les principales caractéristiques. Ainsi, l'existence de ces fonds
remonte à une cinquantaine d'années. Jusqu'à une
période récente, ils appartenaient pour l'essentiel à
des États résidant dans le Golfe et à Singapour.
Seuls deux États membres de l'OCDE, la Norvège et le Canada
détenaient des fonds souverains de taille significative. Or,
ces dernières années une vingtaine de fonds ont été
créés, dont douze depuis 2005, et pour l'essentiel par
de nouveaux acteurs non membres de l'OCDE.
La progression récente des fonds souverains est due à
l'augmentation du prix des matières premières et au caractère
excédentaire de la balance courante de certains pays. Leur taille
s'est considérablement accrue ces 15 dernières années.
Le nombre de fonds, les montants d'actifs qu'ils détiennent et
l'élargissement de leur champ d'investissement en font désormais
des acteurs financiers significatifs. Pour le moment, seuls quelques
fonds détiennent la majorité des actifs ainsi gérés
: les cinq plus importants détenant près de 70% du total.
Les Émirats arabes unis, la Norvège, l'Arabie Saoudite,
la Chine, le Koweït, la Russie et Singapour sont parmi les pays
qui possèdent les fonds souverains les plus importants.
Néanmoins, il convient de relativiser leur poids dans l'économie
qui est estimé à 4% des actifs gérés par
l'ensemble des fonds dans le monde (hedge funds, fonds d’investissement,
fonds de pension, etc.) et à 1,6% des fusions-acquisitions réalisées
en 2007.
Depuis la crise des crédits hypothécaires
de l'été 2007 aux États-Unis, l'effet stabilisateur
des fonds souverains sur les marchés financiers a été
souligné. Ils sont intervenus auprès de grandes banques
américaines fragilisées par la crise des subprimes. En
novembre 2007, le fonds Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) se portait
acquéreur de 4,5% du capital de Citigroup, première banque
mondiale. En décembre, le fonds chinois China Investment Corporation
(CIC) investissait 10 milliards de dollards dans la banque d'affaires
Morgan Stanley, soit 9,9% du capital. Au total, en six mois, 66 milliards
de dollars ont été investis par des fonds souverains dans
les institutions financières occidentales.
De façon plus générale, les fonds souverains permettent
de diversifier l'accès au crédit. Ils génèrent
dans les pays d'accueil des avantages comparables à ceux des
investissements étrangers, en investissant à long terme
et en stimulant l'activité des entreprises, promouvant ainsi
la croissance et l'emploi. Ils permettent également d'accroître
les possibilités d'entrée sur des marchés émergents,
sous réserve de réciprocité. En France, de nombreux
fonds souverains sont déjà présents au capital
de grands groupes nationaux, notamment Total, Vinci, EADS et Sanofi-Aventis.
Enfin, du point de vue des pays émetteurs de
ces fonds, ils constituent une source de revenus pour les générations
futures et permettent d'anticiper l'épuisement des ressources
naturelles ou la fluctuation des prix des matières premières
en investissant dans de nouveaux secteurs d'activités.
L'importance croissante des fonds souverains
dans le système monétaire et financier international inquiète
cependant les pays d'accueil. Plusieurs points nourrissent le débat
: le caractère public de ces fonds, la nature stratégique
des secteurs dans lesquels ils peuvent investir et la non réciprocité
lorsqu'il s'agit d'investir dans les pays d'origine de ces fonds. La
plupart des fonds souverains offrent en effet un faible niveau de transparence
sur leur taille, leur performance, la composition de leur portefeuille
et leur stratégie d'investissement. Par ailleurs, le développement
des investissements en actions des fonds souverains signifie que des
gouvernements étrangers peuvent intervenir dans le capital d'entreprises
privées de pays tiers. À ce titre, l'émergence
de fonds souverains gérés par des puissances politiques
telles que la Chine ou la Russie, dont les intérêts stratégiques
et politiques sont connus, fait débat.
Enfin, il s'agit d'éviter que ces investissements génèrent
des dérives protectionnistes dans les pays bénéficiaires.
Pourtant, lors des récentes acquisitions financières,
les fonds souverains se sont imposés certaines contraintes :
pas de représentation au sein des conseils d'administration,
non dépassement d'un seuil limite dans les prises de participation.
Au plan international, les ministres du G7 en octobre 2007, ont souligné
la nécessité de renforcer la transparence de leur gestion
et ont demandé à l’OCDE, au Fonds monétaire
international et à la Banque mondiale de se saisir de cette question.
Aussi, le FMI élabore actuellement un code de déontologie
des fonds souverains en collaboration avec leurs détenteurs.
Quant à l'OCDE, elle cherche à définir les meilleures
pratiques pour les pays destinataires de ces fonds. Il s'agit d'aider
les gouvernements à protéger leur sécurité
nationale tout en évitant des restrictions d'investissement abusives.
Les textes définitifs devraient voir le jour à l'automne
2008, pour une adoption en 2009.
Au niveau européen, la Commission propose aux États membres
d'adopter une stratégie commune privilégiant un environnement
ouvert aux investissements, tout en améliorant la transparence,
la prévisibilité, et l'obligation pour les fonds souverains
de rendre des comptes.
Dans son communiqué du 5 mars 2008,
la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi reconnaît
l'utilité des fonds souverains comme source de financement. Elle
admet cependant que le rôle nouveau qu'ils tiennent sur la place
internationale suscite des inquiétudes notamment quant à
la transparence de leur gouvernance. La mission confiée à
M. Demarolle sur le sujet avait également pour objet de mettre
en évidence le rôle nouveau des fonds, de proposer des
orientations pour définir la stratégie française
vis-à-vis des fonds souverains et d'évaluer l'adéquation
du cadre juridique français aux investissements de ces fonds.
Pour définir le positionnement et la stratégie de la France
face aux fonds souverains, M. Demarolle met en évidence plusieurs
paramètres. La France a structurellement besoin d'investisseurs
à long terme tels que les fonds souverains, mais elle se trouve
en compétition avec ses principaux partenaires pour attirer ces
investisseurs. Dans cette compétition la France reste perçue
comme réticente aux investisseurs financiers alors qu'elle se
situe parmi les pays les mieux classés selon l'indice d'ouverture
aux investissements étrangers établi par l'OCDE. Depuis
2003, la France a mis en oeuvre, avec l'Agence française pour
les investissements internationaux une politique d'amélioration
de l'attractivité qui répond bien aux attentes des fonds
souverains. Enfin, le système français de contrôle
des investissements étrangers est moins restrictif que les dispositifs
mis en place par les autres pays du G7 ou par les autres pays européens.
Dans ce contexte, M. Demarolle préconise de refuser tout traitement
discriminatoire des fonds souverains, dès lors qu'ils s'inscrivent
dans une logique de réciprocité quant à l'accès
des investissements français et européens dans les pays
d'origine des fonds souverains, ainsi qu'en matière de droit
boursier. La définition de secteurs stratégiques au niveau
européen (énergie, infrastructures, etc.) pour lesquels
une réglementation spécifique des investissements étrangers
pourrait être adoptée, est également évoquée.
Enfin, l'avancement de ce dossier au niveau communautaire est affiché
comme l'un des objectifs de la présidence française de
l'Union européenne qui démarre le 1er juillet 2008. Il
est envisagé de réunir européens et représentants
des fonds souverains qui le souhaitent, au second semestre 2008, afin
de formaliser un ensemble d'engagements réciproques.
Les fonds souverains. Revue d'économie financière, n° hors-série, 2009.
Bilan et perspectives des fonds souverains. Banque de France, Focus n°1, 28 novembre 2008.
Les fonds souverains. Problèmes économiques n° 2951, 2 juillet 2008.
Les fonds souverains. Yves Jégourel, Écoflash n°229, juin 2008.
Les fonds souverains, révélateurs de nos propres faiblesses. Daniel Garrigue, Rapport d'information de l'Assemblée nationale n° 963, juin 2008.
Rapport sur les fonds souverains. Alain Demarolle, Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, mai 2008.
Les fonds souverains : une menace à relativiser, un partenariat à construire. Jean Arthuis, Rapport d'information du Sénat, n° 336, mai 2008.
Fonds souverains : vraie menace ou chasse aux sorcières ? Revue Banque n° 702, Annick Masounave, mai 2008.
Des fonds souverains au chevet des multinationales : prédateurs, sauveurs ou dupes ? Le Monde diplomatique, Ibrahim Warde, mai 2008.
Fonds souverains et politiques des pays d'accueil. Rapport du Comité de l'investissement aux ministres des Finances des pays du G7. OCDE, 4 avril 2008.
Fonds souverains : le FMI intensifie ses travaux. Bulletin du FMI, 4 mars 2008.
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions : approche européenne commune en matière de fonds souverains. Commission des communautés européennes, 27 février 2008.
Les fonds souverains : nouveaux chevaliers blancs ? Dossier de la Revue Banque n° 699, Andréane Fulconis-Tielens, février 2008.
Les conditions d'une contribution positive des fonds souverains à l'économie mondiale. Ivan Odonnat, Trésor-Éco n° 28, janvier 2008.
Comment contrôler les fonds souverains. La Tribune, Philipp M. Hildebrand, 22 janvier 2008.
L'essor des fonds souverains inquiète l'économie mondiale. Didier Adès, Dominique Dambert, Le Monde, 15 janvier 2008.
Le nouvel « âge d'or » des fonds souverains au Moyen-Orient. Rapport d'information du Sénat fait au nom de la commission des finances, 17 octobre 2007.
Le site Europa propose une foire aux questions consacrée aux fonds souverains.
Le site de l'OCDE présente un dossier relatif aux "Travaux de l’OCDE sur la prévention du protectionnisme en matière d’investissements".
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