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L'ENTREPRISE ET L'HEXAGONE

V - Ce qu'apprend l'histoire

(les dynamiques de localisation)


Lhistoire permet dappréhender des phénomènes que les analyses statiques et comparatives conduisent bien souvent à ignorer ou à minorer.

Nous avons ainsi choisi de raconter quelques histoires, dont lintérêt vient autant de leur rapprochement, attendu ou incongru, que de leur déroulement propre :

Sommaire

Histoires de places :

Anvers (1500-1560)

Silicon Valley (1950- ?)

Bengalore (1970- ?)

Londres (1986- ?)

Nouvelles technologies en Europe ( ?- ?)

Histoires dentreprises :

Infogrames

Nokia

Histoire technologique

Les radiocommunications


Une note de synthèse et de conclusions, qui précède cette série de monographies, en tire les principaux enseignements.

SYNTHESE ET CONCLUSIONS

1 Les phénomènes de places (financières, marchandes, industrielles... ou artistiques) sont irréductibles à toute véritable analyse déterministe (et donc à toute prévision à long terme).

Les rationalisations a posteriori certes ne manquent pas, et à chaque fois on sait reconstruire ex post une cohérence et une logique. Il est vrai que, dans aucun des cas étudiés ci-après (voir monographies), le développement napparaît comme le fruit dun hasard aveugle : on peut à chaque fois reconnaître une localisation optimale compte tenu des flux humains, marchands et financiers dominants à un moment donné ; une concentration de compétences liée à un arrière pays ou à une histoire; une action publique déterminée, libre ou contrainte par les événements ; une concentration de capitaux ; un contexte linguistique et culturel favorable...

Mais au fond, parmi les lieux objectivement " éligibles " à un moment donné, nul ne sait pourquoi la cristallisation sest produite là plutôt quailleurs, et sous cette forme plutôt que sous une autre ; plus encore, nul ne peut prétendre quil y avait a priori certitude que la dynamique senclencherait ainsi. En fait, lapparition dune place ressemble à maints égards à un phénomène climatique : les déterminations en sont multiples, lointaines, interactives ; la prévision à brève échéance est possible, mais sur un mode probabiliste plutôt que déterministe. Lapparition dune place est elle même un phénomène de type " catastrophique " au sens où il constitue une rupture qualitative, une discontinuité.

Cest pourquoi une place est à la fois un phénomène extrêmement robuste et extrêmement fragile.

Extrêmement robuste parce quil ne consiste pas seulement, ni même principalement en une supériorité quantifiable sur tel ou tel critère : une fois une dynamique de place enclenchée, les " benchmarks " ne fonctionnent plus : les ressources y sont plus chères et plus rares, et pourtant toujours plus demandées ; lencombrement et la saturation y sont plus grands et pourtant les flux croissent....

Extrêmement fragile, parce que comme la naissance dune place, son extinction est un phénomène brutal et inattendu. Lorsque léquilibre se rompt, que les champs de force et la direction des flux économiques se modifient, alors aussi vite la fonction de centralité disparaît, et le monde se " polarise " différemment.

Lhistoire ne se répète pas, et chacun conclura à sa manière du rapprochement dhistoires aussi différentes que celles dAnvers entre 1500 et 1560, de Londres depuis 1986, de Bengalore depuis 1980 et de la Silicon Valley depuis 1970. Mais un certain nombre dobservations ressortent malgré tout avec une certaine évidence :

- on ne " rattrape " pas une place ayant atteint la masse critique en la concurrençant sur les prix ou les coûts ;

- en revanche, en anticipant correctement lévolution générale des flux économiques et de la structure de léconomie réelle, on peut dessiner la typologie des futurs pôles centraux : lenjeu pour un territoire donné, à un instant donné, est donc de renforcer les atouts structurels de ses " éligibles ", pour accroître leurs chances dêtre, le moment venu, le point de cristallisation ;

- Londres est incontestablement aujourdhui la place financière européenne ; une redistribution des cartes nest imaginable que dans le cadre dune autonomisation de lEurope financière ;

- il nexiste pas, en Europe, de place centrale de la nouvelle économie : le centre de gravité réel de léconomie des réseaux, des logiciels et des biotechnologies est aux Etats-Unis, le point de cristallisation étant la Silicon Valley. Mais lespace européen se hiérarchisera à son tour, nul ne sait où ni quand : la ou les futures places majeures sont en gestation ; la concurrence est ouverte, et lorsque le ou les gagnants seront connus, il sera trop tard (cf. monographie sur lEurope des nouvelles technologies, ci-après) .

2 Très différentes sont les histoires dentreprises, qui déroulent leurs logiques linéaires, calées sur lévolution de leurs marchés.

Celle de Nokia est intéressante à un double titre, et doit être rapprochée de celle de la téléphonie mobile :

a) Entreprise mondiale sil en est (97% de son chiffre daffaires est à lexport, dont 50% hors Europe ; 58% de ses employés sont à létranger ; la majorité de son capital est détenu par des fonds anglo saxons...) ,Nokia est une entreprise profondément finlandaise, plus peut-être que nest française aucune des entreprises rencontrées par la mission : son comité éxécutif est à 100% finlandais ; les patrons des grandes zones géographiques sont finlandais ; son centre stratégique (direction générale, université, recherche) se répartit entre Helsinki et Oulu...

b) Un des très rares exemple de leader mondial européen dans la nouvelle économie, Nokia nest finlandais que parce que la Finlande est en Europe ! Car le téléphone mobile est un des très rares cas purs de marché continental européen : standard issu de la recherche européenne et dune décision des instances européennes de normalisation, le GSM a structuré un véritable marché unique européen, dont le développement sest appuyé ensuite sur les investissements lourds dopérateurs, certes en concurrence, mais à qui les conditions très peu coûteuses dattribution des fréquences ont permis à la fois des investissements technologiques et matériels lourds, et des prix bas. Dans ces conditions, le leader mondial pouvait être européen ; il a été finlandais. Le premier point est structurel ; le second circonstanciel.

Lhistoire dInfogrames est typique de celle de beaucoup de jeunes entreprises qui, après un démarrage en France, trouvent aux Etats Unis leur principal marché et donc finissent par y employer la majorité de leurs salariés, et par y implanter le coeur de la fonction développement/marketing stratégique ; envisageant en outre une cotation au NASDAQ (et donc un déplacement outre atlantique dune part essentielle de lenjeu de communication financière) Infogrames en vient naturellement à constater un déplacement du centre de gravité de lentreprise (vers New York, capitale des éditeurs de logiciels). Certes la localisation du centre de recherche à Lyon et les liens spécifiques avec les établissements denseignement supérieurs locaux font de limplantation française un point dancrage privilégié et le centre naturel des activités en Europe ; mais le centre mondial est en voie de déport insensible et, dune certaine manière, involontaire, vers le principal marché continental.

On peut tirer quelques enseignements de ces exemples :

- le caractère essentiel et déterminant du marché directeur dans la localisation des centres de gravité ;

- la capacité dune entreprise globale, dès lors que le marché directeur est européen , à préserver une forte identité nationale et des comportements nationaux ;

- le caractère stratégique, pour la structuration dun marché à léchelle européenne, des standards techniques : dès lors que lunité linguistique nest pas possible, lunité des langages techniques est le champ sur lequel peut, de manière opérationnelle, se déployer lidentité du marché européen - et donc son développement autonome.

Ceci suppose :

- une recherche européenne dynamique : la relance du programme Eurêka apparaît à cet égard une priorité ; ainsi que le renforcement de la protection de la propriété industrielle, par lextension des inventions brevetables (si le domaine des biotechnologie pose des problèmes éthiques qui dépassent le cadre de la présente étude, tel nest pas le cas des technologies de linformation : la brevetabilité des logiciels serait un progrès majeur) et par la création dun véritable brevet européen à faible coût ;

- une redynamisation de lactivité de normalisation prospective au niveau communautaire (la gestion de la norme mobile de 3ème génération a été beaucoup moins efficace que celle du GSM) ;

- enfin la prise en compte, dans la gestion par les Pouvoirs publics des ressources rares (fréquences en particulier), de lavantage comparatif que constitue, dans la guerre mondiale des standards, la maximisation de la capacité collective des opérateurs européens à investir et à baisser les prix - autrement dit à disposer dune partie de la rente (à cet égard, un coût dacquisition excessif des fréquences UMTS en Europe constituerait un handicap pour les industriels européens - plus encore que pour les opérateurs).

ANVERS (1500-1560)

La domination dAnvers prend place au début du XVIème siècle et sexerce pendant près dun siècle. Au cours du " siècle des Fugger ", la ville de lEscaut se situe au centre de toute léconomie internationale.

Pourtant au début du XVIème siècle, Anvers ne possède pas les principaux attributs de la puissance. Elle nest dotée que dune modeste flotte de commerce (une centaine de bateaux de 80 à 100 tonnes), est dirigée par une noblesse terrienne peu au fait du monde des affaires et ne dispose pas de marchands denvergure internationale.

1 - Les étapes de la grandeur dAnvers

La domination dAnvers sur le XVIème siècle sera tout sauf linéaire. Son développement heurté sera en réalité le reflet des soubresauts de lhistoire européenne et de sa propre histoire intérieure.

- le 1er essor (1501-1521) : Anvers simpose au début du XVIème siècle comme une zone déchange à la croisée des principales routes du commerce mondial. Ce sont dabord les marchands allemands qui sinstallent dans la ville et amènent le vin, le cuivre et le métal blanc. Larrivée du premier bateau dépices en 1501 bouleverse les données générales de léchange dans la mesure où les Portugais ne disposent pas des moyens dorganiser de bout en bout le distribution des épices. Anvers devient la plaque tournante du commerce mondial. LEurope nordique se fournit en épices et en poivre portugais et en retour, les Portugais trouvent à Anvers le cuivre et le métal blanc des mines allemandes, dont ils ont besoin pour leurs paiements en Extrême-Orient. Il en découle un afflux de monnaies précieuses et une période de forte prospérité, surtout pour quelques grandes familles au premier rang desquelles les Fugger. Les guerres entre Valois et Habsbourg, la détérioration du marché du poivre et des épices (Venise reprend la main sur le commerce du poivre) fragilisent la position dAnvers.

- La seconde fortune dAnvers (1535-1557) est liée à la montée des importations de métal blanc dAmérique via Séville. Obligé de faire des paiements à travers lEurope, lempereur Charles Quint dépend du marché de largent dAnvers, constitué entre 1521 et 1535, et des marchands prêteurs au premier rang desquels les Fugger. Les prêts au souverain seffectuent alors à des taux supérieurs à 20%. Largent dAmérique et les marchands espagnols raniment Anvers qui devient alors la ville du commerce " espagnol ". Les années 1535-1557 correspondent au plus haut éclat dAnvers. La population de la ville passe de 44 000 habitants en 1510 à plus de 100 000 habitants, les infrastructures de la ville connaissent un profond bouleversement, la richesse des marchands fait dAnvers une des villes les plus luxueuses dEurope. La seconde prospérité dAnvers prend fin avec la banqueroute espagnole: le circuit de largent qui soutenait la place se casse. " Les banquiers allemands sont désormais hors du jeu castillan remplacés par les Génois. Le  siècle des Fugger vient de se terminer ".

- Anvers se relèvera au lendemain de la paix du Cateau-Cambrésis (1559) mais nétant plus au centre du commerce, elle choisit de développer son industrie. Les capitaux sont réinvestis dans lindustrie des draps, des toiles et des tapisseries mais les vastes désordres politiques, religieux et sociaux vont casser ce nouvel élan. Surtout, la route de largent politique de Philippe II dEspagne se déroute massivement vers Gènes.

2 - Les raisons de la réussite dAnvers :

- au tournant du siècle, Anvers dispose dun atout : le déplacement des routes du commerce mondial à la fin du XVème siècle et lébauche dune économie atlantique la placent au cur de léconomie mondiale. Comme laffirme Fernand Braudel, " Anvers na pas lutté pour être au sommet visible du monde. Elle sy est éveillée un beau matin ".

- la ville a en outre copié un certain nombre de procédures mises en place hors de son territoire qui lui ont permis de sinsérer dans les circuits de capitaux et de crédits : la comptabilité en partie double (Italie), la lettre de change ;

- enfin, non dotée dune véritable organisation bancaire, elle invente une solution originale permettant de faire intervenir la monnaie fiduciaire à la place du numéraire. Les règlements dans le double sens du " doit et avoir " se font par des cédules obligatoires, cest-à-dire par des billets ; le marchand qui les souscrit sengage à payer une somme à une échéance donnée et ces billets sont au porteur. Pour garantir le jeu dadossements, la pratique de lassignation se généralise établissant ainsi une responsabilité des " créanciers cédants jusquau dernier débiteur ". Le système mis en place présente surtout un double avantage : il est simple (les lettres de changes peuvent être transformées en cédules au porteur) et efficace dans la mesure où il permet de résoudre un problème essentiel : celui de lescompte cest-à-dire le prix du loyer de largent ;

A la domination dAnvers jusquau milieu du XVIème siècle, succède un modèle original : celui de Gênes. Pendant trois quarts de siècle, ce territoire exigu, vulnérable et totalement dépendant de lextérieur va présenter un singulier exemple " de centrage et de concentration " en parvenant à se retrouver au centre du commerce mondial grâce à linfluence, à l'agilité et à " lapesanteur " dune poignée de banquiers expatriés. Pendant plus dun demi-siècle, Gênes va préfigurer un modèle de capitalisme financier complexe organisé autour de grands financiers sappuyant sur un réseau dense et structuré de marchands.

la Silicon Valley (1950- ?)

A/ Les 3 temps de lhistoire singulière de la Silicon Valley :

Les origines de la Silicon Valley : officiellement, laventure de la Silicon Valley (la vallée du Silicium), bande de 85 kilomètres séparant San Francisco de San José prend sa source en 1938 dans un garage de Palo Alto où deux ingénieurs, Bill Hewlett et David Packard, créent lentreprise qui porte encore leurs noms. Le garage mythique doit en réalité surtout son existence au professeur Frederick Aterman de luniversité de Stanford, qui propose dans les années 1940 un dispositif réunissant les 3 ingrédients de base de la Silicon Valley : le financement, la technologie et les ressources humaines. Pour résoudre les difficultés financières de luniversité, il conçoit en effet le principe du parc technologique en proposant dallouer en crédit bail une partie du terrain de luniversité de Stanford, jetant ainsi les bases de la coopération entre luniversité et lentreprise. Parallèlement, il élabore un dispositif destiné à inciter les étudiants à lancer sur place leur entreprise délectronique (dispositif utilisé pour créer Hewlett-Packard) ;

La Silicon Valley, terre dasile de la révolution électronique née à partir du silicium : semi conducteur au sein du laboratoire dAT&T (1949), circuits intégrés au sein de lentreprise Fairchild Semi-conducteurs à Moutain View (1958), premier micro-processeur " 4004 chip " par Intel en 1971. Cest en 1971 que le terme Silicon Valley est appliqué pour la première fois à cette région dans une série darticles parus dans le magasine Electronic News.

La Silicon Valley bénéficie de lavantage du meneur (" first mover advantage ") dans le domaine des nouvelles technologies. Elle concentre 22% des entreprises de composants, déquipements et de systèmes électroniques des Etats-Unis et 26% des fabricants de logiciels. Le chiffre daffaires des entreprises high tech dans la Silicon Valley représente 25% du total réalisé aux Etats-Unis. En 1999, la Silicon Valley a attiré 30% des investissements en capital-risque dans les technologies de linformation (5 milliards de dollars) et a connu une croissance annuelle moyenne de lactivité et de lemploi dans lindustrie high tech de 10% depuis 1990.

B/ Les 5 facteurs clefs de succès de la Silicon Valley

Une ressource humaine riche et en permanente adaptation

Ü un réseau dense duniversités et dinstituts de formation supérieure : à proximité de la Silicon Valley, on compte pas moins de 10 " colleges " largement spécialisés dans le domaine des nouvelles technologies (dont le Silicon Valley College) et 7 universités (notamment Stanford, Berkeley, San José). Ce réseau constitue dune part un vivier de ressources humaines de grande qualité avec 4 000 diplômes dingénieurs attribués chaque année (900 doctorats) dont plus de 2/3 dans le domaine de lélectronique (croissance de 87% depuis 1987). Il alimente en outre une intense activité de recherche scientifique avec pas moins de 300 instituts de recherche co-financés par des universités et des fonds privés.

Létude réalisée par AT Kearney, auprès de 125 managers dentreprises spécialisées dans les hautes technologies indique que 85% des managers localisées dans la Silicon Valley citent laccès à la ressource humaine (" access to talent ") comme un facteur déterminant la localisation de leur entreprise, un pourcentage plus élevé que la moyenne nationale (62% pour les 8 autres régions spécialisés dans les high tech). Il sensuit un cercle vertueux : la concentration de sociétés hautes technologies attire une force de travail spécialisée dans le " high tech " qui alimente la croissance des entreprises internet.

Ü une exigence dhyperflexibilité et de versatility des compétences :

Dans un secteur de la haute technologie en mouvement permanent, la réactualisation et le renouvellement des compétences sont déterminants. Létude réalisée par deux chercheurs français auprès de 12 entreprises high tech met ainsi en évidence la prégnance du concept du " learning by doing " au sein de la Silicon Valley. La sélection des candidats à un poste donné seffectue certes par la recherche des meilleurs professionnels dans le domaine de compétences recherché mais leurs connaissances de deuxième et troisième niveau sont également pris en compte afin dévaluer leur potentiel de reconversion. Pour se préparer à lévolution de leur poste, les salariés consacrent ensuite en moyenne 10% de leur temps de travail à développer des compétences sécartant de leur expertise première. Au total, au sein des sociétés high tech de la Silicon Valley, le management des connaissances (ou la notion " dorganisation apprenante ") a succédé au reengineering et au business process, la somme des connaissances étant perçue comme la principale source davantage concurrentiel.

Un environnement propice au développement dune culture entrepreneuriale

Ô Lun des grands atouts de la Silicon Valley est son fonctionnement en réseaux locaux très dynamiques. Constitués de talents provenant de lensemble du globe et qui se sont souvent rencontrés à Stanford ou à Berkeley, ces réseaux entretenus en permanence par leurs membres sont capables de lancer des projets presque en instantané grâce à lexistence dune chaîne dacteurs, financiers, conseillers, avocats spécialisés, à laffût des bons investissements.

Ô Les acteurs de ce réseau présentant la particularité dêtre fortement interconnectés et même interchangeables :

- les frontières entre les différentes populations sont très perméables : les professionnels interviennent en permanence dans les universités et il est courant de rencontrer des universitaires en congés sabbatiques à la tête de sociétés de venture capital ;

- cette dynamique existe aussi entre les entreprises. Les pratiques dessaimage, de spin-off, la forte mortalité dentreprises, considérée généralement comme une occasion de rebondir, ainsi quun turn-over important des employés développent une dynamique de " recyclage " interne et externe enrichi par le multicultaralisme et le multilinguisme (un tiers des ingénieurs et des dirigeants dentreprises de haute technologie sont dorigine asiatique). En outre, la mobilité du personnel est favorisé par la concentration dentreprises sur un territoire de petite taille.

Ô Enfin, selon létude réalisée par lécole des Mines en liaison avec le centre de recherche sur les organisations de Stanford, il existe dans la Silicon Valley un véritable droit à lexpérimentation et à léchec. Lenvironnement local favorise la créativité et les idées déviantes qui peuvent être les germes dinnovations majeures. Si 80% des nouvelles entreprises disparaissent dans les 5 ans qui suivent leur création, " léchec nest pas vécu comme un drame par les employés qui retrouvent vite un emploi et nont perdu que la part de leur salaire quils ont arbitrée contre des stock options ni par les dirigeants qui retrouveront une opportunité".

Un afflux de capitaux à forte tolérance pour le risque :

La Silicon Valley demeure le principal lieu de localisation des investissements en capital risque aux Etats-Unis dans la mesure où elle attire près de 30% du " venture capital " en provenance notamment des 600 sociétés de capital risque présents dans la Silicon valley, ou encore des puissants laboratoires de recherche.

(En milliards de dollars / 100% = 20 Mds dUSD) $ Bilions : 100%= 20 BN)

Source : Pricewaterhouse Coopers Money Tree - report 1998

Il en résulte un fort dynamisme de la création dentreprises : ainsi, en 1999, 79 sociétés ont fait lobjet dune introduction en bourse soit une augmentation de 140% par rapport à 1998En outre, les investisseurs cherchent à optimiser les chances de réussite de leur investissement en faisant bénéficier les jeunes créateurs dun réseau de partenaires (avocats daffaires spécialisés, experts techniques, intervenants financiers) qui évaluent et tentent de réduire les risques en identifiant les forces et carences de la jeune entreprise.

La concentration dentreprises de référence dans le domaine des high tech

La Silicon Valley demeure le principal lieu de concentration des " pillar companies " dans le domaine des hautes technologies. Cette concentration dentreprises high tech de références (Intel, HP, Sun Microsystem...) crée un environnement particulièrement propice à la création de start-ups. Elles servent dabord de modèle aux jeunes start-ups qui cherchent à intégrer et à imiter les facteurs clefs de succès des entreprises de référence. Plus fondamentalement, les nouvelles entreprises font souvent appel aux cadres des entreprises de référence pour assurer les fonctions managériales. En outre, les entreprises de référence font du transfert de technologie et permettent aux start-ups daccéder à des ressources indispensables. Enfin, les managers de ces sociétés participent au financement des jeunes entreprises en tant que " business angels ".

Localisation des 100 principales entreprises de high tech aux Etats-Unis

Sources : Forbes, 15 octobre 1999

 Leffet de place ou la proximité dun marché avancé et exigeant

La fréquence des relations locales entre ingénieurs (selon une logique de " coopétition " ou coopération entre concurrents) et la proximité des différents acteurs de la chaîne de valeur ajoutée de lélectronique, de linformatique et des télécommunications permettent de développer des produits en concertation avec certains de leurs futurs utilisateurs et de mieux prendre en compte leurs besoins. Cest dans la Silicon Valley que se décident les standards de fait de lindustrie des composants électroniques, des logiciels et des communications numériques. La motivation de nombre dentreprises pour sinstaller dans la Silicon Valley est donc commerciale dautant plus que ces marchés sont souvent à rendements croissants et externalités de réseaux. Connaître le marché et être mieux à même dy vendre ses produits permet de mieux piloter et de mieux valoriser les actions de développement de lentreprise, et rend donc linvestissement en R&D plus rentable.

C/ Des challenges nouveaux à relever

1 - Des tensions sur différents marchés, contrepartie du succès de la Silicon Valley

Un environnement moins propice à la création dentreprise :

- une levée de capitaux moins aisée pour les start-ups dans la mesure où les investisseurs privilégient les deals importants à forte rentabilité potentielle ; linvestissement moyen pour le premier tour de table a doublé en 2 ans et atteint en 1999 10 millions de dollars avec comme cible moyenne des entreprises cotées entre 300 et 400 millions de dollars ;

- une pénurie croissante de main duvre qualifiée suscitée par le dynamisme de lindustrie high tech. Létude consacrée par la Joint Venture Organisation évalue cette pénurie à environ 35% de la demande de main duvre qualifiée des entreprises high tech (environ 200 000 personnes dici 2005). Selon cette étude, cette pénurie a trois causes : le nombre insuffisant dingénieurs formés dans les universités locales, la dégradation de la qualité de la vie (coût du logement) qui rend la zone moins attractive et le niveau des salaires moyens trop élevé pour les jeunes start-ups ($55 000 en moyenne et $95 000 dans le secteur du logiciel contre $33 700 au niveau national). Au total, seuls 66% des emplois dans le domaine du high tech sont pourvus par des résidents de la zone (15% sont pourvus par des personnes résidant hors de la zone, 10% par des recrutements extérieurs et 9% ne sont pas pourvus). Létude évalue le coût total de cette pénurie de main duvre à 3 milliards de dollars (coût pour les employeurs, pour les individus, pour la communauté).

Une dégradation de la qualité de la vie :

En dépit de la clémence du climat et de la relative préservation de lenvironnement, la qualité de vie constitue désormais un handicap de la Silicon Valley :

- une forte spéculation immobilière : alors que 275 000 emplois ont été créés depuis 1992 , seuls 55 000 logements ont été construits durant cette période. Il en résulte une pénurie de limmobilier et donc une intense spéculation qui sest traduite par une flambée des prix (+125% en 5 ans) désormais 70% plus importants que la moyenne du marché ;

Prix médian dune maison 2 pièces (en milliers de dollars) :

Source : money magasine, 4 mars 1999

- une congestion du trafic routier en augmentation continue : le taux de congestion dans la région de Santa Clara est ainsi passé de 10% en 1995 à 31% en 1998, la durée moyenne du trajet San Fransisco - Palo Alto de 45 minutes à 2h15 ;

- une tension des indicateurs sociaux montrée par les différentes études: forte pression sur le rythme de travail (le temps de travail dun salarié de la Silicon Valley est de 30% supérieur à celui dun salarié américain avec des cadences très élevées), dégradation des indicateurs familiaux, creusement des inégalités sociales (les 20% les plus pauvres ont vu leur niveau de vie se dégrader).

2 - Une concurrence accrue

Létude dAT Kearney met en évidence la concurrence accrue subie par la Silicon Valley sur le secteur des nouvelles technologies avec lapparition de 8 zones de développement à haut contenu technologique (cf tableau ci-dessous).

Localisation

Atouts

spécialité

principales entreprises

inv réalisé (1999)

" Big blue country " : Boston - route 128 Massachusetts

- Centre de recherche de haut niveau (MIT, Harvard, 63 universités) ;

- 2nde zone de concentrations de capital risque aux Etats-Unis

Portail - développement de sites et de logiciels, université du MIT et de Harvard

2 963 entreprises qui emploient 138 000 personnes : EMC, CMGI, LYCOS

2,4 Md$

" Silicon Alley " à New York : du Sud de Manhattan au Financial District

- concentration de média, déditeurs, dagences de publicité

- base de clients  : les 500 plus riches entreprises new-yorkaise

- Wall Street

Publicité interactive - édition -contenu- design -consulting

Cdnow- Double click village- Agency.com

1,6 Md$

" Silicon Dominion "- Virginie du Nord autour de Washington DC

- le gouvernement fédéral et des autorités de régulation (lobbying)

- des entreprises de référence notamment dans les télécommunications

- aides fiscales

Télécoms - éditeurs - fournisseurs daccès

American Online, Worldcom - Network solutions - PSINet Inc

1,2Md$

" Multimédia Gulch " à San Francisco

- proximité de la Silicon Valley

- base de clients à haut potentiel : " pillar companies "  - clientèles jeunes à haut niveau de revenu

développements de logiciels - édition - fournisseur daccès

CNET- Baby Center - Organic - Gap-on-line

0,95 Md$

" Digital Coast " à

Los Angeles

- puissante industrie de laéronautique et surtout du loisir

- nombreux incubateurs dont Idealab (structure de Bill Gates), EC2 et eCompanies

Commerce électronique, jeux vidéos et multimédia

600 start up - Citysearch, Geocities, e-online- e-toys 3 incubateurs :

0,75 Md$

" Silicon forest "

à Seattle

- entreprises de référence (Microsoft...)

- investissement en recherche de lUniversité de Washington (2nd aux Etats-Unis

- Organisation structurée de " business angels " et dincubateurs

software - commerce électronique

Amazon.com - Drugstore.Com

0,55 Md$

" Silicon Hills "

à Austin

- facilité de recherche fournie par lUniversité du Texas

- environnement favorable aux affaires

- environnement fiscal et coût de la vie

semi-conducteur - logiciels et ordinateurs

650 starts up - Motorola- Dell- Computer sciences- Trylogy software

0,4 Md$

BENGALORE (1970- ?)

I - un fort volontarisme politique a lorigine du développement de Bengalore

1 - Ancienne ville de garnison, Bengalore, capitale de lEtat de Karnataka est devenu dans les années 50 un centre industriel et commercial par décision du gouvernement central. Son emplacement géographique, situé au sud de lInde loin des frontières du Pakistan et de la Chine a été à lorigine de la décision dy installer lindustrie aéronautique indienne, Hindustan Aeronautics Limites (HAL) principal constructeur davions et dhélicoptères civils et militaires de lInde (50 000 salariés), l'industrie spatiale (Indian Space Research Organication employant 10 000 chercheurs) et une industrie de lélectronique (BEL) étroitement liée. Deux entreprises publiques, Hindustrian Machine tools, Indian Telephone technologies, ont élargi le champs dactivité à fort contenu technologique.

2 - Dès le début des années 1970, le gouvernement local a mis en place des politiques de développement dans des secteurs dactivités considérés comme prioritaires (industrie agro-alimentaire, équipement automobile, et surtout informatique) et a conduit une politique proactive visant à attirer les investisseurs internationaux :

 - création dès la fin des années 1980 de " technology park ", sorte de pépinières dentreprises qui ont constitué des structures daccueil équipées pour les entreprises étrangères cherchant à démarrer une activité en Inde. Ont vu le jour " Electronic City " où sont installées Infosys, Texas Instrument, Siemens, " Export Promotion Industrial Park " ou encore " International Technology Park " qui comprend une surface de bureau de 150 000 m ;

- incitations fiscales pour les activités génératrices dexportations : exemption dIS pour la part du chiffre daffaires réalisé en direction de létranger y compris pour les sociétés de services informatiques, incitation fiscale à la création demplois (exemption de charges patronales pour les activités exportatrices), et au développement de la recherche-développement ;

- opérations promotionnelles de grande ampleur visant à promouvoir le site de Bengalore (exemple : le " Global investors meet ", le 5 et 6 juin 2000, forum réunissant des investisseurs potentiels pour décliner les atouts de Bengalore et du Karnataka) et liens réguliers avec les non résidents indiens installés aux Etats-Unis et travaillant dans les multinationales partenaires dentreprises implantées dans le Karnataka.

II - Les atouts de la région de Bangalore

1 - Une ressource humaine de qualité et bon marché

Le site de Bengalore sest imposé depuis 20 ans comme la capitale scientifique de lInde. Il compte ainsi 110 instituts de recherche, cofinancés par des fonds publics et des fonds privés, qui apportent un concours constant aux entreprises industrielles ou de services. En outre, le site de Bengalore bénéficie dun réseau dense duniversités et dinstituts de formation supérieure qui constituent un vivier de ressources humaines de très grande qualité. Le Karnataka forme ainsi 30 000 ingénieurs de très haut niveau dans 73 écoles dingénieurs et 35 000 universitaires au niveau bac +5 dans 181 universités polytechniques.

En outre, même si le différentiel tend à se réduire notamment pour les informaticiens, la compétitivité prix de la main duvre demeure élevée y compris celle des cadres.

Au total, dans létude réalisée par lorganisme de promotion de linvestissement au Karnataka auprès de 75 managers dentreprises étrangères implantées à proximité du site de Bengalore, la qualité des ingénieurs indiens est citée comme la première raison de leur localisation à Bengalore dans 75% des cas.

2 - Limplantation dentreprises internationales de référence

Bengalore est le principal lieu dimplantation des entreprises multinationales présentes en Inde. Elle accueille en effet 125 entreprises multinationales principalement américaines, allemandes et à un degré moindre japonaises et françaises. Plus important encore, ce sont des entreprises high tech de référence qui se sont installées à Bengalore : à la suite de Texas instrument arrivées en 1982, se sont notamment implantés les géants de linternet Infosys et Wipro mais aussi IBM, HP, Intel, AT&T, Compac, Motorola, Sun Micro system, Sony, Ericsson, Alcatel ...

Cette concentration dentreprises high tech de références a entraîné limplantation dautres entreprises étrangères mais a surtout favorisé léclosion de nombreuses start-ups (780 entreprises dans le technology park de Bengalore). Dune part, ces entreprises ont joué un rôle de stimulant et généré des effets dimitation de la part des start-ups. Dautre part, elles apportent une aide à leur développement en participant à des structures dincubateurs (transfert de technologie, accès à un certain nombre de ressources) et en contribuant à leur financement à travers limplication individuelle de " business angels ".

3 - Un environnement favorable :

- de nombreuses ressources naturelles, minérales (1er centre de ressources en fer et de charbon), végétales (70% de la production de café) et animales (70% de la production de soie) servant de matières premières pour nombre dactivités notamment le développement de 35 centres de floriculture, dune puissante industrie agro-alimentaire, la 3ème du pays, dune importante industrie sidérurgique (19 MT par an) et cimentière (20 MT par an) ;

- une qualité de vie locale satisfaisante : un climat agréable dû à une situation en altitude et à une végétation luxuriante, des services publics développés (logement, éducation, santé), une ville cosmopolite, un centre culturel de qualité.

III - un effet de place significatif qui nexclut pas certaines incertitudes

1 - Un effet de place significatif :

La région du Karnataka est depuis près de 20 ans un des principaux pôles industriels de lInde : 2ème industrie agro-alimentaire, 1ère en matière de machine outil (contribue à hauteur de 40% à la production du pays), 1ère région sidérurgique.

Mais " le miracle de Bengalor " désigne un phénomène récent qui a permis à la ville de Bengalore de devenir une des principales villes high-tech au monde au point de faire partie depuis 5 ans de la prestigieuse liste des " 10 global hot spots " et " hottest tech cities in the world " établie chaque année par Business week et Newsweek magazines et davoir été désignée " ville technologique de lannée " par Business today en 1994, 1996 et 1998.

Centre scientifique de lInde, Bengalore sest en effet imposé comme la " Silicon indienne ". Le nombre de sociétés high tech est en effet passé de 13 en 1992-1993, 291 en 1998-1999 à 790 en 1999-2000. Elles se structurent autour de 25 unités industrielles majeurs qui représente un investissement total actuel de 17 milliards de dollars. Bengalore représente ainsi 24% de la production Indienne dans le domaine de lélectronique et 35% dans le domaine du logiciel. La production dans le domaine des technologies de linformation de la région de Bengalore croit à un rythme annuel de 38% par an.

Bengalore est également devenue un acteur international des technologies de linformation. Autour des 125 multinationales internationales dont linvestissement sur place a atteint 4 milliards de dollars au cours des 7 dernières années, elle compte ainsi plus de 240 entreprises high-tech spécialisées notamment dans les logiciels orientées vers lexportation. La croissance des exportations en services informatiques a été de 60% par an au cours des 5 dernières années. Elles atteignaient ainsi 800 millions de dollars fin 1998 et ont dépassé 1250 millions de dollars en 1999. Lobjectif des autorités de Bengalore est datteindre 5 milliards de dollars en 2004 et 10 milliards de dollars dexportations en 2008.

2 - Une certaine forme de crise de croissance :

- un développement urbain rapide et mal maîtrisé : la population qui était de 1,7 millions en 1970 approche aujourdhui 6 millions. Ce développement urbain na toutefois pas été maîtrisé : pollution atmosphérique, interruptions fréquentes de courant électrique et d'approvisionnement en eau courante, circulation chaotique due à des transports en commun inadaptés ;

- laccroissement de lémigration de matière grise : la qualité des ingénieurs de la région de Bengalore est telle que lindustrie de linformation et des technologies du monde entier les courtise provoquant une fuite des cerveaux sans précédent. 30 à 40% des diplômées des grandes universités de la région de Bengalore choisissent ainsi dentamer leur carrière à létranger. Selon une étude publiée par Nasscom en 1999, la pénurie dinformaticiens de la région atteint déjà 25 000 informaticiens, un déficit qui pourrait atteindre 500 000 informaticiens dici à 2008. Face à la menace de pénurie, les entreprises du e-business indien ont développé la pratique des " stock options " au personnel (en lassortissant de limpossibilité de pouvoir réaliser leurs actions dans les 5 ans), ce qui a permis de limiter le taux de rotation des 20 premières start-ups (moins de 15% en 1999 contre 30% en 1998) ;

- la concurrence des autres Etats de lUnion indienne en particulier les Etats voisins dAndra-Pradesh avec Hyderabad et du Tamil Nadu avec Madras mais aussi à lintérieur de la région du Karnataka le souci déquilibrer et de mieux répartir les fruits de la croissance dans lEtat qui conduit à la création de parcs dactivités dans des villes secondaires telles que Mysore, Mengalore, Darwar, Belgaum.

IV- La présence française dans la région de bengalore

1- Des accords de coopérations dans 4 secteurs dactivité principaux :

- dans le secteur de lenvironnement, le savoir français dans le domaine de leau est reconnu : le Bengalore Water Supply and Severage Board est lié depuis plusieurs années à des sociétés françaises par une série de contrats portant sur la construction dusines de traitement deaux usés, et la définition de la cartographie du réseau de la distribution deau de la ville.

- dans les télécommunications, des accords de coopération et de transfert de technologie ont été conclus notamment entre Alcatel et ITI, ce qui rapporte à la société française 40 MF sous forme de royalties et 150 MF sous forme dexportation de composants ;

- dans laéronautique, les groupes Aérospatiale et Dassault ont passé des accords de coopération avec Hindustan Aéronautics Ltd notamment dans le secteur des avions de combat et des hélicoptères et Thomson-CSF coopère avec Bharat Electronics pour les systèmes de télécommunication et de transmission ;

- dans le secteur spatial, la coopération entre le CNES et lISRO est ancienne. La France est le premier partenaire de lInde dans ce domaine avec des achats qui représentent environ 100 MF par an. Le lanceur Ariane a été choisi à 6 reprises pour le lancement de satellites de télécommunication géostationnaires.

2- Limplantation plus récente de filiales

La grande majorité des investissements français ont pris place au milieu des années 1990. Aujourdhui avec 9% du montant total des investissements étrangers, la France se situe au 3ème rang des investisseurs étrangers après lAllemagne qui représente 33% et les Etats-Unis, 15%.

La France compte au total 18 filiales réparties entre plusieurs secteurs :

- lélectronique : 6 filiales représentant 255 employés et un chiffre daffaire estimé à 250 millions de dollars (dont Nantech 250 employés et 70 millions de dollars) ;

- linformatique : 3 filiales dynamiques (PSI Data System filiale de Bull, Gemplus India, Transoft International) employant 500 personnes pour un chiffre daffaires de lordre de 115 millions de dollars ;

- lindustrie mécanique avec notamment Alstom Steam Turbine ;

- le secteur de lénergie représenté notamment par Elf Gaz India ;

- le secteur de lagro-alimentaire représenté par la société Britania Industries, filiale du groupe Danone employant 5 000 personnes et réalisant un chiffre daffaires de plus de 3 milliards de dollars ;

- les banques BNP et Société générale.

Londres (1986- ?)

Dans le cadre du mouvement de libéralisation financière du début des années 1980, marqué notamment par la suppression du contrôle des changes et par lapparition de nouveaux marchés financiers, les fondements du London Stock Exchange (L.S.E) font lobjet dune profonde remise en cause juridique et économique.

Le big bang de la place de Londres, le 27 octobre 1986, conduit à une rénovation du fonctionnement de la bourse de Londres (I) qui a su maintenir sa position dominante en jouant à plein de son avantage conjugué dantériorité et de " masse critique " (II).

I - Une remise en cause profonde du fonctionnement du London Stock exchange :

A - Une réforme organisationnelle autour de 5 grands principes :

 - la possibilité offerte aux banques britanniques et institutions étrangères dintervenir librement sur le LSE en achetant des sociétés déjà présentes ou en simplantant directement ;

 - labolition du principe de la " capacité unique " : la capacité double (dual capacity) est étendue à lensemble des titres négociables sur la place de Londres et permet ainsi aux jobbers et aux brokers dexercer à la fois des fonctions dorganisation démissions de titres, de contrepartie et de placement ;

 la suppression du barème des commissions fixes : tous les intervenants deviennent libres de négocier le niveau des commissions avec leurs clients ;

 - la mise en place dun système de cotation informatisée : la bourse de Londres se dote dun système de collecte et de distributions dinformations sur les titres sous forme numérique : le stock exchange Automated quotation (SEAQ). Ce dernier permet à tous les faiseurs du marché (market makers) de participer à la cotation des titres nationaux et internationaux en continu et en temps réel. Dès 1987, un système de transaction électroniques, (TOPIS : teletext output of price information by computer ) est mis en place ;

 - la réorganisation du dispositif de contrôle autour du conseil des valeurs mobilières et des placements (Securities and investments banks), organisme privé financé par fonds privés chargé de coordonner les associations dauto-réglementation (self regularatory Organisations). De fait, la nouvelle législation soriente vers la surveillance de fonctions plutôt que vers celle de catégories dinstitutions financières.

B - Des répercussions immédiates : la restructuration de la city après le big bang

Ô Laugmentation du nombre dopérateurs :

 

Participants au marché

Fonctions

Avant le big bang

jobbers

Contrepartistes traditionnels : marché de titres en gros

 

brokers

Agents de change

Depuis le big bang

Market makers

Contrepartistes généraux ::marchands de titres (gros-détail) - ventes directs aux acteurs du marché

 

Primary dealers

Intervenants à lémission de fonds dEtat (28 en 1987)

 

Inter-Dealer Brokers

Intermédiaires entre les contreparties généraux

 

Broker-Dealers

Intervenants sans obligation de faire de la contrepartie

 

Brokers

Agents de change

 

International Dealers

Courtiers et négociants en valeurs internationales

Ô Une période de vive concurrence :

- une restructuration profonde des acteurs du marché : en 1987-1988, la place de Londres enregistre une succession de rachats dintervenants traditionnels par des banques daffaires et de dépôts (36 mouvements en 14 mois) aboutissant à la naissance de conglomérats disposant dune assise financière importante et dont lobjectif est dintervenir simultanément sur le front de linvestment banking, activité traditionnelle des banques daffaires, du market making et du placement auprès de la clientèle finale ;

- une forte internationalisation : six mois après le big bang, un quart des intervenants de la place de Londres sont des banques étrangères ou contrôlées par des banques étrangères et 12 des 20 agents plus gros agents de change davant le Big Bang passent sous direction étrangère (principalement américaine) ;

- une diminution du coût des transactions sous le triple effet de lélimination de la commission des brokers (le négoce sétablissant sur la base dun prix net), de laugmentation de la concurrence et de la réduction des droits de timbre. Pour les transactions comprises entre 100 000 et 1M, les commissions passent de 0,4% à 0,2% en 5 mois. Le marché des actions, moins coûteux, devient plus liquide, le nombre de transactions doublant en un an.

II -  Un avantage comparatif net lié à la conjugaison de facteurs clefs de succes

1 - Londres a maintenu un avantage comparatif très net

 - Le marché des actions londoniens est le seul marché européen à présenter une maturité équivalente au marché américain :

1998

Capitalisation du marché (USD bilion)

Capitalisation boursière en pourcentage du PIB

Etats-Unis

12 885

170%

Royaume - Unis

1 997

154%

Suède

265

124%

France

676

50%

Allemagne

825

41%

Italie

345

31%

Source : McKinsey&Company : What future for European Stock exchange (january 19, 1999)

 - La part de Londres dans les transactions financières européennes de taille mondiale (supérieures à 200$M) na cessé de saccroître :

 

1990

1994

1998

 

Nbre de deals >USD 200M

% total

Nbre de deals >USD 200M

% total

Nbre de deals >USD 200M

% total

Scandinavie

16

11%

5

6%

23

6%

UK

37

26%

34

33%

142

35%

Europe continentale

92

63%

62

61%

239

59%

Total

145

100%

101

100%

404

100%

USD billions, European acqujres, transactions > USD 200 millions (Mckinsey&Company)

 - Londres apparaît comme le centre offshore par excellence :

- le marché des changes occupe le premier rang mondial avec presque 27% de lactivité mondiale : le dollar est plus échangé au LSE que sur sa propre place domestique ;

- les transactions domestiques représentent moins de 25% des flux enregistrés sur la place de Londres ;

- en 1998 près de 90% des actions européennes achetées ou vendues en dehors de leur marché domestique sont échangées sur le SEAQ ;

- Londres est également le centre bancaire international le plus important puisquils accueillent en 1998 535 banques étrangères qui totalisent 15% de l'activité bancaire international.

2 - Les facteurs clefs de succès de la domination de la City de Londres

En dépit des handicaps dont souffre la ville de Londres du fait de la médiocrité de ses infrastructures qui ont leur traduction dans un niveau de prix des " entrants " sans équivalent en Europe Occidentale (immobiliers, transports) et une influence directe sur la médiocre qualité de certains services (enseignements, systèmes de soins), la place financière de Londres dispose dun certain nombre de facteurs clefs de succès qui garantissent sa suprématie :

- un avantage en terme de liquidité : Londres possède " une masse critique " dans presque tous les secteurs dactivité et dispose selon la terminologie de la théorie des jeux " de lavantage du meneur " qui lui a permis de créer un cercle vertueux permettant dattirer des flux additionnels de capitaux et de détourner un courant daffaires important dautres places financières européennes ;

- un avantage en terme " dactifs stratégiques " : environnement relationnel, innovation, effet de réputation (habilement véhiculé par laction de la Corporation of London). La présence dans le Grand Londres dun effectif de 500 000 personnes spécialisées dans les différents métiers financiers génère ainsi un effet dexpérience et procure dindéniables bénéfices aux établissements déjà installés. La place de Londres est ainsi devenue la norme de référence, ce qui interagit directement sur des facteurs à faible mobilité à court terme : la liquidité, la concentration des services... ;

- un avantage en terme dintégration des activités domestiques et extra-territoriales qui permet aux banques de trouver dans le marché offshore une alternative au marché interbancaire domestique. Londres a ainsi renforcé son positionnement de " porte-avions à deux sens " : pour les entreprises américaines et asiatiques désireuses de pénétrer lEurope mais aussi pour les entreprises européennes souhaitant souvrir à la composante anglo-saxonne du marché global. Cette position de lien entre lEurope et le reste du monde est consolidée par lusage de langlais qui demeure la langue universelle de la finance ;

- un avantage en terme de flexibilité : dabord, le système dimposition des personnes physiques est favorable au Royaume-Uni (taux marginal de 40%) ; le système régissant les relations du travail est dans lensemble un des moins réglementés parmi les pays de lOCDE (notamment au regard des condition demploi, du temps de travail, des règles dembauche ou de la flexibilité des conditions de rémunération) ; labsence de contrainte dordre législatif ou réglementaire offre un champ daction important à linnovation financière et accroît la capacité de réaction des institutions ;

- la poursuite du processus de modernisation : dès 1997, le L.S.E a engagé un plan de restructuration se traduisant notamment par la mise en place dun système de règlement livraison (Crest) remplaçant Talisman lancien système " papier ", ce qui sest traduit par une réduction des coûts de lordre de 20%. Par ailleurs, tirant les enseignements du scandale des retraites privées, les autorités britanniques ont redéfini les responsabilités de la régulation du système bancaire : celle-ci est désormais confiée à lautorité de contrôle des marchés, le SBI, renforcée et rebaptisée FSA (Financial Services Authority).

Nouvelles technologies en europe ( ?- ?)

1 - La cartographie des Silicon Valleys en Europe

Pays

Localisation

Activités principales

Allemagne

Isar Valley à Munich

Télécom - Informatique - biotechnologie

des sociétés informatiques allemandes dont Microsoft Allemagne et Siemens Nixdorf - 80 starts ups de taille mondiale (dont Yahoo)

 

Berlin

25 000 personnes dans les start-ups dévolus aux médias, au télécommunication, aux services grand public

 

Hambourg

Multimédia

Royaume Unis

 

 

 

Cambridge : " la Silicon Fen "

- Internet - fournisseur daccès

- UUNet, Worldcom, Sun, IBM et 600 sociétés high tech dans le Cambridge Science Park près des 15 500 étudiants de la faculté réputée en biosciences et mathématiques

 

Ecosse : " la Glen Valley "

- Internet - Informatique -biotechnologies

-150 Start-up principalement dans les biotechnogies

France

 

 

 

Sophia Antipolis

- 800 sociétés employant 23 000 personnes (dont 50% en informatique et sur internet) avec une création de 4 000 emplois en 2 ans (pénurie sur le marché de lemploi)

- internationalisation croissante : 120 sociétés étrangères dont la moitié américaines et 7 000 salariés étrangers

- entreprises principales : Connexant, Lucent technologies, Siemens, Amadeus, Texas Instruments, SAP

- création dun campus technologique regroupant les 4 000 étudiants des laboratoires de recherche, de lUniversité et du CNRS

 

Grenoble

- Nanotechnologie - Biotechnologie - 1er pôle de recherche hors région parisienne avec 8 500 chercheurs du CEA, du CNRS ou du CENT (lINRIA aussi est à Grenoble, non ?)

- Hewlett Packard, comme entreprise support - 150 starts-up

 

Silicon Valley francilienne

- plateau de Saclay autour des centres de recherche de Polytechnique, de Supelec, de la faculté dOrsay, du CEA : informatique, télécoms

- génopôle à Evry : biotechnologie, laboratoire

- silicon sentier : starts up médias, internet  

Italie

Turin-Milan

-commerce électronique et multimédia 

- 120 start ups de taille relativement modeste

Espagne :

Madrid : Tres Cantos

- Internet - informatique

-Telefonica et Lucent ont attiré 16 000 employés et une cinquantaine de start-ups sur 740 ha

 

Barcelone- Valence- Valladolid - Zamudia

 

Belgique : Flandres

Leper dans les Flandres : la " Flanders Language Valley "

- Commerce électronique - serveur vocal

- Campus lancé par le numéro un de la reconnaissance vocale, le belge Lernout & Hauspie accueillant 75 start-ups

Finlande

Région dOulu - " Vallée technopolis "

- 1er parc scientifique au monde coté en Bourse 

- Université de 14 000 étudiants spécialisée dans les nouvelles technologies - centre de recherche de Nokia

- 250 start-ups spécialisés en télécommunication

2 - Un exemple de développement récent : le Silicon Sentier

Le sentier à Paris, haut lieu de la confection situé au cur de la capitale dans un rayon de 500 m entre la rue des Jeûneurs, la rue du Sentier et la rue Réaumur est devenu en moins de deux ans le quartier des start-ups de linternet. Plusieurs facteurs de développement peuvent être avancés pour expliquer le développement de ce quartier:

- un quartier propice : espace de bureaux disponibles à des loyers plus bas que dans les autres quartiers dédiés aux affaires (notamment la Défense), infrastructures de télécommunication denses liées à la proximité de la Bourse, état desprit du lieu convivial favorable à linnovation et à la prise de risque, quartier le mieux câblé en fibres optiques de Paris, culture forte du commerce (85% des start-ups sont ainsi tournées vers le " business to consumer " cest à dire des sites commerciaux grands publics) ;

linstallation dentreprises de référence : le vétéran du Web, Yahoo France, fut lun des premiers à investir ce quartier en juin 1998 tout comme le portail francophone " Nomade " racheté récemment par le groupe Liberty Surf ou lopérateur américain de télécommunication Colt. Ces entreprises ont joué un rôle de référence suscitant des effets dimitation de la part des jeunes start-ups ; elles ont participé au lancement de certaines dentre elles (en contribuant activement à la création de structures dincubateurs) ;

- la proximité de capitaux quils proviennent de " business angels " ou des fonds de capital risque de plus en plus structurés.

Au total, le sentier a généré un effet de place relativement sensible en particulier pour les start-ups spécialisées dans le développement de sites commerciaux grands publics puisque pas moins de 50 start-ups se sont installés dans le Sentier depuis lété 1998. Un nom de domaine a dailleurs été déposé pour ladresse Internet (siliconsenter.com) qui suggère la création dune réelle identité économique.

Infogrames

En 5 ans, lentreprise lyonnaise Infogrames est passée du statut de PME locale en crise au rang de groupe multinational spécialisé dans la production et la distribution de jeux vidéo : son chiffre d'affaires a été multiplié par 10 et atteint 2 milliards de francs en 1999 ; sa capitalisation boursière est passée de 100 millions de francs en 1994 à 25 milliards de francs au début de lannée 2000 ; sa marge brute demeure largement supérieure à 40% et devrait dépasser 45% à la fin de lannée.

Lhistoire de la réussite dInfogrames comprend deux axes principaux : un recentrage des activités de lentreprise sur le secteur des jeux vidéos (I), une internationalisation massive appréhendée de manière originale (II) .

I - Une histoire industrielle mouvementée comprenant 2 temps principaux

1- Une première phase de développement débouchant sur une crise de croissance

Créé en juin 1983 à Lyon, Infogrames développe un projet dentreprise ambitieux : investir lindustrie du soft, développer le principe dinteractivité et le décliner en réalisant une intégration verticale (contenu, distribution). Lentreprise bute alors sur un problème de financement de son activité dans la mesure où il nexiste pas en France de capital risque et où lentreprise rencontre des difficultés pour trouver des prêts bancaires dun montant pourtant relativement limité (17 banques rencontrées pour obtenir un prêt relais de 65 KF fin 1983). 

Au début de lannée 1984, lentreprise édite le 1er logiciel éducatif " le cube informatique " vendu à 60 000 exemplaires. En 1987, elle donne naissance à deux filiales, Infogrames Télématique (qui crée et édite des jeux pour les réseaux interactifs vidéotex) et Infogrames multimédia (jeux interactifs pour consoles PC, CDI et CD-Rom) et produit ses premiers jeux à développement mondial (" Sim city " , " Alone in the Dark ").

Cette période de fort développement sachève sur une grave crise de croissance au début des années 1990 qui trouve son origine dune part dans le développement de savoir faire technique sur des activités non rentables (Infogrames équipe 60% des serveurs minitel) et dautre part dans une intégration horizontale trop poussée conduisant lentreprise à être présente sur des métiers de plus en plus éloignés de son " core business " (photocopie, magasine...).

2- Le recentrage sur son cur dactivité, à lorigine du rapide développement dInfogrames

A la suite de lintroduction au second marché en 1993 dont le but est de doter infogrames des moyens financiers nécessaires à son développement, lentreprise fait le choix stratégique décisif dun recentrage sur son cur dactivité : les jeux vidéo. Lentreprise se fixe alors comme objectif de devenir à lhorizon de 5 ans le leader européen des jeux vidéos et un des trois leaders mondiaux du secteur.

Infogrames entre alors dans une période de très fort développement tiré par une vive croissance interne et par une politique très active dacquisitions visant à élargir la gamme de titres proposés et à densifier la couverture géographique.

Le chiffre daffaires de lentreprise connaît ainsi une rapide progression :

Année

Chiffre daffaires

1993

102 MF

1994

165 MF

1995

262 MF

1996

377 MF

1997

661 MF

1998

1,5 MdF

1999

2 MdF

A la suite de lacquisition de GT Interactive, Infogrames devient le n2 mondial de la production et de la distribution de jeux vidéo pour les consoles de jeux Nintendo, Sega ou Sony et pour cédéroms PC et Mac avec un chiffre daffaire prévisionnel pour 2001 de 1 milliard de dollars, des taux de rentabilité qui continuent de dépasser 5% et un effectif de près de 2 500 personnes (contre 700 personnes le 1er janvier 1998).

Une nouvelle phase de développement souvre désormais pour le groupe Infogrames dont lobjectif est de devenir un groupe de média basé sur linteractivité. Une telle évolution implique que lentreprise passe du métier de " content provider " (éditeur global disposant dun catalogue qui couvre tous les segments du jeu vidéo), à celui de " content packager " (distributeur et producteur de programmes) et éventuellement à celui dopérateur de services.

II - Une internationalisation massive appréhendée de manière originale conduisant au déplacement du centre de gravité de lentreprise

1 - Une internationalisation conduite de façon originale.

Le recentrage dInfogrames sur le secteur des jeux vidéos saccompagne dune ambition affichée de devenir une multinationale de production et de distribution des jeux vidéos. Lentreprise aborde son expansion internationale de manière originale :

Dans un premier temps, Infogrames se fixe comme objectif de devenir le leader sur le marché européen. Pour ce faire, elle cherche à tirer partie de la segmentation du marché européen en adoptant une approche " multi-locale " basée sur 3 principes :

- assurer une promotion active du catalogue des produits ;

- prendre le contrôle dun réseau de distributeurs éventuellement en filialisant un opérateur local de manière à obtenir une taille critique ;

- développer des produits adaptés à la " culture " du pays concerné dont certains seront susceptibles de faire lobjet dune mutualisation. Les fonctions opérationnelles sont donc assurées par des cadres locaux, le siège assurant une sorte de contrôle en plaçant un Français dans le management notamment pour faire jouer les effets de synergie.

Dès 1994, le groupe crée deux filiales, Infogrames Entertainment Bénélux à Bruxelles et Infogrames Entertainment GmbH à Cologne. Elle acquiert en 1996 la société Océean Software Ltd, société dédition britannique afin délargir sa gamme de titres et parfaire sa couverture géographique. En 1997, après que Philips Media a transféré ses activités dédition et de distribution multimédia au sein dInfogrames Entertainment, le groupe devient leader européen de la production, de lédition et de la distribution de jeux interactifs. Il renforce sa position de premier distributeur européen en acquérant successivement le distributeur espagnol Arcadia, le distributeur Portugais A+ multimédia, le distributeur suisse Game city et surtout lentreprise Britannique Gremlin.

Parallèlement, lentreprise cherche à se positionner comme une des principales entreprises mondiales de production et de distribution de jeux vidéos en conduisant concomitamment deux démarches :

- lobtention de licences internationales prestigieuses (Warner Bros, Paramount, Nike...) ;

- lacquisition de plusieurs entreprises étrangères de taille mondiale : après sêtre implanté en Australie et en Nouvelle Zélande en acquérant Ozisoft et Beam International Ltd, Infogrames renforce en 1999 ses positions sur le continent nord-américain en prenant le contrôle de léditeur américain Accolade spécialisé dans lédition sur consoles de jeux, de sport et daction (pour 48,5 millions de dollars) et surtout en novembre 1999 du numéro 3 mondial du secteur des jeux vidéos, laméricain GT Interactive. Cette dernière prise de contrôle (participation à 70% moyennant 135 millions de dollars) permet au nouvel ensemble Infogrames-GT de devenir le numéro deux mondial du jeu vidéo juste derrière laméricain Electronic Arts et devant la filiale de Vivendi, Havas Advertising. Elle est complétée en avril 2000 par la prise de contrôle majoritaire de la société canadienne DTI.

2 - Le déplacement progressif du centre de gravité de lentreprise

Linternationalisation de la société induit un déplacement progressif de son centre de gravité :

La réalité manageriale et patrimoniale de lentreprise demeure française mais tend à évoluer :

- la nationalité des managers : les 3 " top managers " (CEO, Director et CFO) sont français et les grandes directions fonctionnelles sont dirigées par des Français. De la même manière, le management des filiales étrangères est systématiquement confié à un binôme composé dun national du pays et dun cadre français, les autres fonctions opérationnelles étant assurées par des cadres locaux. Lacquisition de GT Interactive devrait conduire à court terme à faire assurer des fonctions de management par des salariés anglo-saxons ;

- la localisation du siège social juridique et effectif (les fonctions de direction) : le siège demeure localisé à Lyon même si à terme sa délocalisation paraît programmée : New York pourrait simposer comme le nouveau siège du groupe du fait de sa position géographique centrale entre lEurope et la côte Ouest des Etats-Unis.

- la composition du capital et le lieu de cotation :

lentreprise a été cotée au second marché à Paris en 1993 (valorisation de 100 MF) puis au règlement mensuel en 1996. Il est probable quInfogrames décide prochainement de se coter au NASDAQ afin de pouvoir réaliser sur le marché américain lensemble des opérations financières quexige le financement de son développement (notamment lappel public à lépargne) ;

lactionnariat du groupe se compose de 3 blocs principaux : les fondateurs (dInfogrames et de GT Interactive) représentent 30%, les institutionnels " amis "  10% et enfin le public 60%. Au total, alors que les actionnaires français représentaient 80% du capital en 1998, ils représentent désormais moins de 50% du capital du groupe.

La réalité économique de lentreprise est pleinement internationale

è au niveau de limplantation de ses activités :

Infogrames maintient certes une forte implantation à Lyon avec notamment la principale unité de recherche fondamentale du groupe et un important studio de réalisation. Lentreprise bénéficie ainsi dune part de la qualité des jeunes cadres français dans le domaine du " soft " et des jeux vidéo (notamment pour les fonctions de " développeurs " et pour celle de graphiste) et dautre part dune coopération dynamique avec les grandes écoles de la région Rhône Alpes notamment les écoles de commerce, dingénieurs (création de cursus spécifiques " jeux vidéos " à Centrale Lyon), mais également les écoles à vocation artistique telles que les Beaux arts de Lyon.

Toutefois, suite aux dernières acquisitions réalisées par Infogrames, la majorité des effectifs est désormais située sur le territoire américain quil sagisse des " développeurs-réalisateurs " (les principaux studios sont aujourdhui localisés à San José, à Manchester et Melbourne), des producteurs, des éditeurs et des distributeurs. En effet, sur les 2 500 salariés que compte le groupe, 500 seulement se trouvent en France (soit 20% du total) contre 900 aux Etats-Unis, 400 au Royaume-Uni, 200 en Australie-Nouvelle Zélande, 150 en Allemagne. Au total, Infogrames est désormais localisé dans 60 pays et langlais est devenu de fait la langue de travail de lentreprise.

Infogrames devrait poursuivre sa politique active de décentralisation des structures, y compris en matière de R&D de manière à développer des produits au plus près des marchés et des attentes des consommateurs.

è au niveau de son activité commerciale :

Infogrames est un groupe mondial de par son activité commerciale dans la mesure où ses jeux vidéos sont désormais vendus dans une centaine de pays.

Les récentes acquisitions ont profondément bouleversé la part relative des différents marchés. A la fin de lannée 1998, lentreprise réalisait 90% de son chiffre daffaires en Europe dont 25% en France (soit environ 20% du CA total). A la suite de lacquisition de GT interactive, Infogrames réalise 40% de son chiffre daffaires aux Etats-Unis, 50% sur lensemble du continent européen et 10% dans le reste du monde. Le marché français ne représente ainsi plus que 12,5% du chiffre daffaires de lentreprise.

Nokia

En 10 ans, Nokia est passé du statut de conglomérat industriel local en crise au rang de géant mondial des télécommunications : son titre a bondi de 3 000% en 5 ans faisant de lentreprise finlandaise la première capitalisation boursière dEurope avec 1 300 milliards de francs. Son chiffre d'affaires a été multiplié par 4 en 5 ans et atteint 20 milliards deuros en 1999. Devenu leader incontesté de la téléphonie mobile, il maintient des marges supérieures à 20% là où ses concurrents peinent à atteindre 10%.

Lhistoire de la réussite industrielle de Nokia peut schématiquement être résumée en trois choix : une concentration des activités sur le secteur des télécommunications (I), la recherche systématique dun avantage technologique (II) une internationalisation massive à partir dun fort ancrage national (III).

I - Le recentrage brutal de NOKIA sur Les télécommunications

1 - Naissance et crise dun conglomérat local ;

Historiquement, Nokia est un conglomérat, produit de 3 entités industrielles: une usine de pâte à papier créée en 1865 à Nokia, la Finnish Rubber works (1998) et la Finnish cable work snée en 1912. La concentration progressive du capital de ces sociétés a conduit à la création du groupe Nokia en 1966.

Conglomérat dès lorigine, le groupe Nokia se lance entre 1975 et 1990 dans une course à la taille par une stratégie de diversification tous azimuts. Il acquiert 45 sociétés, enregistre une progression annuelle de son chiffre daffaires de 9%, multiplie par 2,5 le nombre de ses salariés (de 15 000 à 40 000) et développe 123 produits de nature différente, les télécommunications, principal secteur, ne représentant que 20% du chiffre daffaires en 1990.

Nokia connaît à la fin des années 1980 une crise de croissance : présence sur des marchés saturés, difficulté à intégrer les nouvelles acquisitions, et surtout effondrement du courant déchange avec son principal partenaire commercial, lex-URSS. Le groupe affiche ainsi des résultats nets négatifs supérieurs à 1 milliard de francs de 1989 à 1992.

2 - Un choix stratégique décisif en 1992 : le recentrage sur les télécommunications et notamment la téléphonie mobile

è Un environnement favorable :

La Finlande présente dès le début des années 1980 une des infrastructures de télécommunication les plus développées en Europe sans doute à cause des données physiques et humaines du pays (isolement sur le plan géographique, dispersion de la population sur un territoire étendu) de lattrait traditionnel du pays pour les nouvelles technologies mais aussi du choix très tôt assumé de la concurrence et de la libéralisation des télécommunications. En effet, à la différence de la plupart des pays européens, la Finlande compte dès 1980 près de 70 opérateurs sur les réseaux locaux de télécommunication qui assurent une demande soutenue pour les entreprises pourvoyeuses déquipement. En outre, dès la fin des années 1980, la Finlande ouvre à la concurrence internationale le marché des appels locaux, des appels longues distances et des appels internationaux. Il sensuit une intense concurrence, vecteur dinnovation, de création de nouveaux services et de baisse des prix.

è Un groupe profondément transformé et dominé par la téléphonie mobile

Le groupe se déleste de 90% de ses activités en quatre ans en abandonnant dabord les filiales portant sur des secteurs traditionnels éloignés des télécommunications (industrie du bois, caoutchouc, distribution délectricité...) puis celles opérant dans le secteur de lélectronique grand public. Lemploi total passe de 45 000 emplois en 1991 à 25 000 en 1996.

Il sen suit une profonde réorganisation du groupe autour de trois pôles : la division téléphonie mobile, la division infrastructure de réseau et la division autres produits de communication (terminaux numériques...) auxquels sajoutent le " Nokia Research Center " et le " Nokia Venture Organisation " (stratégie de développement de nouvelles technologies).

La part relative du chiffre daffaires réalisé par ces trois pôles a profondément évolué sous leffet notamment de la forte croissance de la téléphonie mobile :

 

1992

1995

1999

Nokia télécommunication

30%

30%

30%

Nokia téléphone Mobiles

10%

40 %

65%

Autres activités de communication

60%

30%

5%

Source : rapport dactivité (1999)

En effet, les ventes de téléphones mobiles ont été multipliées par cinq en quatre ans (de 15 millions dunités en 1995 à 78,5 millions en 1999) et le chiffre daffaire généré est passé de 2,5 milliards deuros en 1995 à 13 milliards en 1999. Nokia sest imposé comme le leader mondial de la téléphonie mobile (avec 29% de part de marché) loin devant ses concurrents (50 millions dunités pour Motorola, 31 millions pour Ericson) grâce notamment à la combinaison dune approche technologique et marketing performante (segmentation du marché, gestion de lobsolescence) caractérisée notamment par un renouvellement incessant de la gamme des produits (18 nouveau produits en 1999).

II - une strategie industrielle fondee sur la recHercHe permanente dun avantage technologique

1 - Une avance technologique ancienne et constamment renouvelée :

Historiquement, Nokia est à lorigine du premier radiotéléphone de voiture (le SRP20) mis sur le marché en 1967 et du premier téléphone cellulaire portable, le Mobira Cityman, en 1987.

Surtout, Nokia a toujours disposé dune avance dans la définition de standards numériques. Après avoir participé activement à la définition de la norme NMT en 1981 (Nordic Mobile Telecommunications), premier standard international de téléphonie mobile appliqué à la Scandinavie, Nokia est le premier constructeur de téléphonie mobile à croire en lavenir du standard numérique GSM et à investir massivement dans son développement dès le début des années 1990 (à partir du produit des cessions dactifs). Le succès est quasi immédiat : le premier appel GSM est passé de Finlande à partir dune infrastructure de réseau Nokia ; les accords avec les pays européens se multiplient au point, que fin 1998, Nokia fournit le système GSM à 87 opérateurs dans 37 pays ; parallèlement dès 1995, Nokia sort le premier téléphone mobile compatible avec tous les systèmes numériques utilisées dans le monde.

De la même manière Nokia investit massivement depuis 1998 pour maintenir son avance technologique dans deux directions principales :

- lamélioration des conditions de transmissions des données sur le réseau câblé avec le lancement en 1999 dune nouvelle génération technologique, le Digital Subscriber Line (DSL) ; 

- les " produits convergents " regroupant les fonctions de téléphone mobile, dagenda électronique et dinternet : Nokia a ainsi lancé en 1999 le premier téléphone mobile WAP (Wireless Application Protocol) capable de se connecter sur internet et adapté aussi bien à la transmission de données quau transport de la voix. Il a de ce fait cherché à accélérer le renouvellement des infrastructures de réseau (développement de la norme GPRS et préparation à la norme UMTS) par le développement dun programme interne dampleur (" Global IP Mobility ") et la signature de partenariats avec des opérateurs.

2 - Une puissante organisation pour capter les opportunités technologiques :

è Les investissements en R&D ont crû au rythme annuel moyen de 135% au cours des 4 dernières pour atteindre, en 1999, 1,7 milliard deuros soit 9% du chiffre daffaires (dont 50% dans la division téléphonie mobile). La R&D se décompose en une chaîne de valeur comprenant 3 piliers : " Research and Technologies " (veille technologique), " Technology and Platforms " (définition des voies stratégiques pour les produits du futur) et " Concurrent Enginneering " (développement de produits) ;

è Un tiers des 55 000 salariés du groupe (soit 17 000 salariés) sont des experts de R&D. Nokia a souhaité intégrer la fonction de R&D au processus de production. De fait, si 1 000 spécialistes sont localisés au sein du Nokia Research Center chargé de la veille et de la définition des choix stratégiques, les 16 000 autres chercheurs travaillant dans des centres de recherche sont placés au sein dunités de production (" business units ") avec lesquelles ils passent de véritables contrats dobjectifs. Les frontières entre ces deux structures sont dailleurs particulièrement poreuses : rotation de personnel, participation à des projets communs...

III - Une internationalisation massive a partir dun fort ancrage national

1 - Un ancrage national fortement marqué :

Nokia dispose dune identité nationale forte qui tient à son histoire et au poids quelle représente dans léconomie finlandaise. Avec près de 20 milliards deuros de chiffre daffaires en 1999, Nokia pèse plus de 10% du PNB finlandais et représente 16% des exportations du pays. Sa capitalisation (1 300 milliards de francs) représente la moitié de la valeur des titres négociées à la bourse dHelsinki.

La réussite de Nokia en fait même le symbole de la nouvelle Finlande. Premier employeur privé, le groupe influence fortement le cours de léconomie et jusquaux habitudes de vie dans un pays où 60% de la population est équipée dun téléphone mobile (taux le plus élevé dEurope). Le groupe joue à plein le rôle de " pillar company " pour les entreprises de haute technologie dans la mesure où 24% de celles nées depuis 1995 se sont développées sur des contrats de sous-traitance avec Nokia. En outre, Nokia a favorisé léclosion dun nouveau pôle technologique, autour de la ville dOulu. Surnommée la " wireless valley ", la première technopôle finlandaise a rencontré un réel succès au point de devenir en 1999 le premier parc scientifique au monde coté en bourse : elle compte pas moins de 250 start-ups, 14 000 employés (dont 55% par Nokia), une université de 13 500 étudiants spécialisés dans le high tech.

En conséquence, le groupe Nokia a maintenu en Finlande son siège social, ses fonctions de direction générale, le coeur de sa fonction de recherche développement (" le Nokia Research Center "). Surtout, le fort ancrage national de Nokia se retrouve dans la nationalité de son management. Le top management, à savoir le " Group Executive Board " (le comité exécutif) ne comprend que des nationaux finlandais. Il se compose du président & CEO, Jorman Ollila, et de 8 membres (les présidents et vice présidents de Nokia Corporation et des 3 principales entités du groupe). De la même manière, le pilotage des principales zones stratégiques (Asie, Amérique, Europe) est assuré par des nationaux finlandais.

2 - Un groupe totalement international ("global ") :

è au niveau de son activité commerciale

Nokia est depuis longtemps déjà un groupe mondial dans la mesure où ses téléphones mobiles sont présents sur 130 marchés et où elle a vendu sa technologie GSM dans une quarantaine de pays. En outre, elle ne réalise plus en 1999 que 3% de son chiffre daffaires sur son marché national (désormais son 9ème marché).

Le marché européen ne représente plus que 51% du chiffre daffaires de lentreprise (dans lordre le Royaume-Uni, lAllemagne, lItalie et la France). Nokia réalise désormais 27% de son chiffre daffaire sur le continent américain (+10 points en 4 ans) et 22% en Asie Pacifique (la Chine est le 2ème marché de Nokia).

è au niveau de limplantation de ses activités

En 1999, le groupe emploie 55 260 salariés dans 50 pays soit une progression de 24% par rapport à 1998 (et de 5 nouveaux pays) et compte des centres de production dans 10 pays et sur trois continents. Nokia a également localisé des unités de R&D dans 14 pays et même des filiales du " corporate research center " dans 6 pays. Cette politique de décentralisation des structures, y compris en matière de R&D, correspond dune part à la volonté du groupe de développer des produits au plus près des marchés et des attentes des consommateurs (8 usines de productions en Chine) mais également à la difficulté pour Nokia dattirer en Finlande des cadres étranger à haut profil (700 étrangers sur 23 000 employés en Finlande).

Au total, si la Finlande demeure le premier lieu de localisation des employés, la majorité (58%) d entre eux se trouvent désormais à létranger principalement aux Etats-Unis (13,5% aux Etats-Unis avec une progression de 42% par rapport à 1998), 8,5% en Allemagne, 8% en Chine et 4,5% au Royaume-Unis.

è au niveau de son financement:

Nokia est cotée sur 6 places financières : New York, principal lieu déchange du titre (39% du volume total) suivi dHelsinki (37%) Stockholm (20%), Francfort (3%), Londres (1%) et Paris. Relativement volatile, lactionnariat de Nokia est désormais majoritairement détenu par des fonds anglo-saxons, la part détenue par les managers ou par les institutionnels finlandais ne dépassant pas un 1/3 du capital.

Les radiocommunications

Le marché mondial des télécommunications mobiles cellulaires en est actuellement à sa troisième génération de normes. Lévolution des normes a fortement influencé la dynamique du marché. Alors que la première génération - celle des téléphones cellulaires analogiques (1.) - a été caractérisée par une forte segmentation des marchés, la deuxième génération (2.) a vu progressivement la norme GSMsimposer, appuyée sur un marché européen unifié. Lavantage ainsi acquis permet aux fabricants européens daborder en bonne position le passage à la troisième génération de téléphones mobiles cellulaires (3.).

1. La première génération : un marché très segmenté

La première génération de téléphones cellulaires, dits analogiques, trouve son origine dans les recherches des Bell Labs, filiale de lopérateur américain AT&T. Une première proposition fut soumise à la FCC (Federal Communication Commission, instance de régulation des fréquences aux Etats-Unis) par les Bell Labs dès 1971. Elle déboucha sur la norme AMPS (Advanced Mobile Phone Service), avec lentrée en service en 1983 du premier réseau AMPS, géré par Ameritech. La FCC a imposé lAMPS comme norme américaine unique. Cette décision des pouvoirs publics a permis une croissance rapide des réseaux analogiques aux Etats-Unis, à tel point quen 1993 plus de la moitié des abonnés à un réseau cellulaire analogique utilisaient la technologie AMPS.

Parallèlement, une dizaine de standards pour la téléphonie cellulaire analogique se partageaient le reste du monde. Les deux principaux sont la norme NMT et la norme NTT.

Ericsson et Nokia ont conçu à la demande des opérateurs scandinaves la première norme de communication mobile en Europe en 1978, sous le nom de NMT-450 (Nordic Mobile Telephone 450). La Suède (1981) puis la Finlande, la Norvège et le Danemark (1982) ont chacun déployé un système basé sur cette norme. Les innovations introduites par le NMT (accords de roaming - itinérance - entre opérateurs concurrents permettant détendre le territoire couvert pour le plus grand bénéfice des abonnés des opérateurs concernés, téléphones de faible poids) lui ont valu un rapide succès et ont permis à Nokia et Ericsson de lexporter dans plusieurs autres pays dEurope.

Au Japon, lopérateur public a introduit dès 1979 son propre système de téléphone cellulaire analogique, dénommé NTT (pour Nippon Telegraphe & Telephone) ; son développement a été ralenti par un coût élevé et par les pratiques bureaucratiques du monopole dEtat des télécommunications.

Au total, le marché du téléphone mobile cellulaire de la première génération apparaît caractérisé par une segmentation élevée entre une dizaine de normes, doù émergent trois normes principales : NTT pour le Japon, AMPS pour les Etats-Unis et NMT pour la Scandinavie et au-delà pour une partie de lEurope. Partout, les standards initiaux ont été développés par les opérateurs, mais avec une différence de taille : ce nest quen Scandinavie que des innovations institutionnelles (le conseil des opérateurs de télécommunications nordiques) ont permis une coopération réussie au-delà des frontières nationales.

2. La deuxième génération : la domination du GSM européen

La transition vers la deuxième génération de téléphones cellulaires - la première génération de téléphones numériques - a débuté à la fin des années 80. Les trois principales puissances économiques - Europe, Etats-Unis, Japon - firent des choix technologiques et de normalisation opposés.

En Europe, lexpérience du processus conduisant à la norme NMT a servi de point de départ à la naissance de la norme de téléphone mobile numérique connue sous le nom de GSM (Groupe Spécial Mobiles, puis Global System for Mobile Telecommunication). Le GSM (Groupe Spécial Mobiles) a été fondé en 1982 sous la responsabilité de la CEPT (Conference of European Posts and Telecommunications), afin de définir à léchelle paneuropéenne les caractéristiques de la prochaine norme de téléphonie mobile numérique. Il sagit dun standard ouvert, sans perception de licence. Le GSM a été transféré sous la supervision de lETSI (European Technology Standards Institute) à partir de 1989. Les premiers réseaux GSM ont été mis en service au milieu de 1991 ; leur décollage date en réalité de 1994-1995.

Au Japon, le développement des normes a été retardé par des conflits entre le gouvernement et lopérateur national, NTT. Au final, deux normes émergèrent : la norme PDC (Personal Digital Communications) et la norme PHS (Personal Handyphone Systems), mais les services correspondants ne débutèrent leur carrière commerciale quen 1994-1995.

Aux Etats-Unis, la FCC, renonçant à la politique suivie à lépoque de lAMPS, a cru bon de laisser jouer la concurrence entre les différentes normes proposées par les constructeurs, estimant que le libre jeu du marché était le meilleur moyen de choisir la technologie optimale. Plusieurs normes de seconde génération sont donc entrées en concurrence aux Etats-Unis : IS-54 (lancé en 1991), IS-95 (lancé en 1994, aussi connu sous le nom de CDMA - Code Division Multiplexing Access). Les efforts de standardisation aux Etats-Unis ont traîné en longueur, les différentes parties prenantes sopposant sur leurs choix technologiques et leurs alliances marketing.

En quelques années, le GSM sest imposé à léchelle mondiale et a nettement distancé les trois architectures concurrentes. On compte en effet 300 opérateurs GSM et 160 millions dabonnés dans le monde en 1999. Près de 60% des téléphones numériques produits relèvent de la norme GSM. La plupart des opérateurs japonais et asiatiques, ainsi quune partie des opérateurs américains (regroupés au sein de GSM Alliance) se sont en effet ralliés à la norme européenne. Ce succès tient à deux caractéristiques du GSM : un " marché domestique " important puisque demblée à léchelle européenne (alors que le marché américain était fragmenté entre plusieurs normes concurrentes) ; un standard ouvert alors que la principale technologie concurrente - CDMA - était la propriété de la société américaine Qualcomm. Ces deux caractéristiques ont incité de multiples fabricants européens et étrangers à entrer sur le marché des communications GSM (Nortel, Motorola, Nokia, Ericsson, Siemens), suscitant une compétition acharnée et déclenchant un cercle vertueux de baisse des prix et daugmentation du marché.

Les " grands perdants " de la deuxième génération de mobiles sont donc les Américains, faute davoir fait les choix de normalisation pertinents. Cela se reflète dans le retard américain en matière de développement du WAP (Wireless Application Protocol), standard commun défini à partir du GSM par Ericsson, Motorola, Nokia Mobile Phones et Unwired Planet, destiné à faciliter le développement dapplications conviviales (Internet, courrier électronique) pour les téléphones mobiles à petit écran. Les Japonais, désormais ralliés au GSM, ont en revanche comblé leur retard, ce que démontre le succès de lopérateur nippon DoCoMo avec son téléphone WAP i-Mode (6 M dexemplaires vendus en un an).

3. La troisième génération : vers une seule norme mondiale, lUMTS ?

Face aux phénomènes de congestion des réseaux de deuxième génération constatés dans certains pays (Japon), une réflexion sur une troisième génération de téléphones mobiles cellulaires a été menée sous légide de lUIT (Union internationale des télécommunications). Cette réflexion a débouché sur la définition de bandes de fréquence appelées IMT-2000 (International Mobile Telecommunications 2000), qui serviront aux nouveaux réseaux. Cette nouvelle génération sera placée sous le signe de lintégration entre réseaux mobiles et réseaux fixes.

A lintérieur du standard IMT-2000, deux technologies sont en concurrence pour le téléphone mobile de la 3ème génération :

- la technologie UMTS (Universal Mobile Telecommunications Systems) définie par un " forum UMTS " regroupant 114 entreprises des technologies de linformation et des télécommunications, adoptée comme norme par lETSI en janvier 1998 ;

- une technologie défendue par lentreprise américaine Qualcomm, CDMA-2000, qui constitue une évolution de la norme CDMA.

Quelles que soient ses qualités techniques intrinsèques, il apparaît peu probable que la technologie américaine simpose, et ce pour deux raisons :

- la prépondérance de la norme GSM favorise tout naturellement, pour lui succéder, la technologie qui lui est la plus proche, cest-à-dire lUMTS.

- les institutions européennes ont apporté leur soutien à la norme UMTS en prévoyant (décision n128/1999/CE du Parlement et du Conseil européen du 14/12/98) lintroduction coordonnée dans les Etats de lUE dun système de communications mobiles obéissant à la norme UMTS.

La mise en service de réseaux UMTS devrait donc être effective au Japon dès lan 2000 et au Royaume-Uni dès 2002.

Lexemple du marché des télécommunications mobiles cellulaires illustre ainsi deux points, quon peut généraliser dans une certaine mesure pour lensemble des technologies de linformation :

À le caractère stratégique des questions de normalisation : les firmes les plus puissantes définissent en commun des normes techniques anticipant lapparition de nouveaux biens et services. La normalisation par anticipation est réalisée dans le cadre daccords tacites entre un groupe restreint de firmes, les institutions internationales de normalisation devenant alors de simples " chambres denregistrement ". Ces normes définies en amont du progrès technique simposent alors à tous les acteurs qui nont pas participé à leur élaboration et qui, de fait, se retrouvent bien souvent exclus du marché.

Á lintérêt des standards ouverts (non propriétaires) : ils apparaissent profitables tant au consommateur (compétition sur les prix, augmentation des externalités positives de réseau) quaux producteurs dans une optique de long terme (mise en commun dune partie de leffort de recherche développement, absence de dépendance à légard du fournisseur unique dune technologie donnée, élargissement du marché).


© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 12/2000