STATUT DES CAISSES D'ÉPARGNE
AVRIL 1998

Quelles sont les raisons de la faible rentabilité
des caisses d'épargne ?


Les résultats commerciaux des caisses d'épargne font ressortir un certain dynamisme qui leur a permis, en conservant leur place de grand collecteur, de conquérir une part de marché sur les crédits, même si dans certains secteurs, notamment le crédit aux entreprises, elle demeure modeste. En revanche, les résultats financiers apparaissent globalement nettement moins favorables.


Sommaire :

1. Un coefficient d'exploitation trop lourd

2. Des marges de manœuvre sur le produit net bancaire

3.L'exemple de la Rabobank: la faible rentabilité des caisses d'épargne ne s'explique pas par leur statut


1. Un coefficient d'exploitation trop lourd

Les caisses d'épargne disposent pourtant d'un certain nombre d'atouts. Tout d'abord, l'importance de leurs fonds propres est un avantage pour les caisses d'épargne. Le réseau a ainsi le ratio de solvabilité le plus élevé de la place, loin devant ses concurrents mais il est aussi celui qui a le moins accru ses fonds propres entre 1989 et 1996 (note 1). Le niveau de leurs fonds propres et l'adossement du réseau à la Caisse des dépôts et consignations en font, aux yeux des instituts de notation, qui l'évaluent à 2A+, un établissement solide (note 2) .

Par ailleurs, le produit net bancaire (PNB) global du réseau affiche une progression satisfaisante sur les exercices 1989-1996.

Comparaison des performances financières des caisses d'épargne
et des six principaux établissements bancaires français en 1996

 
Caisses d'épargne
crédit agricole
Crédit mutuel
Banques populaires
 
Montant
Rang
Montant
Rang
Montant
Rang
Montant
Rang
Bilan par agent (en millions de francs)
30,2
3
29,4
4
25,7
6
22,4
7
PNB par agent(en milliers de francs)
728
7
866
3
871
2
813
4
RBE par agent(en milliers de francs)
150
7
308
1
296
2
265
3
RNC par agent(en milliers de francs)
48
6
98
2
92
3
75
5
Coef.d'exploit.(1) (en %)
79,4
7
64,4
1
66,0
2
67,5
3
Marge financière (2)
3,1
3
3,0
4
3,8
1
3,6
2
ROA (3)
0,16
6
0,30
3
0,36
1
0,32
2
FP (4) Total bilan
5,5
2
4,5
4
7,8
1
4,8
3
Var.FP (y compris FRBG)
4,4
7
8,0
5
10,4
2
9,9
3
Charge de risque/encours crédit
0,18
1
0,84
6
0,5
3
1,23
7

 
BNP
Société générale
Crédit lyonnais
 
Montant
Rang
Montant
Rang
Montant
Rang
Bilan par agent (en millions de francs)
35,0
2
38,8
1
28,6
5
PNB par agent(en milliers de francs)
740
6
930
1
801
5
RBE par agent(en milliers de francs)
201
5
244
4
184
6
RNC par agent(en milliers de francs)
78
4
105
1
25
7
Coef.d'exploit. (1)(en %)
72,8
4
73,8
5
77,0
6
Marge financière (2)
2,1
7
2,4
6
2,5
5
ROA (3)
0,21
5
0,26
4
0,01
7
FP (4) Total bilan
3,6
5
3,3
6
1,9
7
Var.FP (y compris FRBG)
11,6
1
8,5
4
4,6
6
Charge de risque/encours crédit
0,48
2
0,68
5
0,53
4

(1) Frais de gestion / PNB
(2) PNB / Total bilan (hors livret A et livret bleu)
(3) Return on assets (bénéfice / bilan)
(4) Fonds propres y compris FRBG

Source : CENCEP

Cette évolution positive doit pourtant être nuancée sensiblement : depuis 1994, parmi les grandes banques, les caisses d'épargne affichent le plus faible produit net bancaire (PNB) par agent. La productivité des caisses d'épargne est donc inférieure à celle des banques concurrentes et l'évolution reste moins dynamique que chez celles-ci. De la même façon, le résultat brut d'exploitation par agent et le bénéfice net par agent restent sensiblement inférieurs à ceux des autres réseaux. Cette situation est d'autant plus préoccupante que les charges d'exploitation sont en revanche supérieures. Le coefficient d'exploitation, qui mesure le poids de ces dernières rapporté au PNB, est le plus élevé du secteur bancaire français (79,4 %). Les caisses d'épargne ont la plus grande difficulté à maîtriser sur le long terme leurs frais de gestion. Le niveau élevé de ceux-ci est la résultante de différents phénomènes :

a) Des rémunérations moyennes élevées

Le niveau moyen des rémunérations des salariés des caisses d'épargne est de 20 à 30 % supérieur à ce que l'on trouve dans les autres établissements bancaires. Les garanties minimales à l'embauche pour un agent commercial titulaire d'un baccalauréat, à fin 1996, étaient ainsi de 94.192 francs par an pour les banques AFB et de 116.087 francs pour les caisses d'épargne, soit un écart de 23 %.

Les frais de personnels représentaient, pour l'année 1996, 49,1 % du PNB pour les caisses d'épargne, contre 45,7 % pour le CIC, 37,3 % pour les Banques populaires et 36,5 % pour le Crédit agricole et le Crédit mutuel.

Certes, cette situation moyenne recouvre des disparités importantes puisqu'alors que la rémunération des emplois du front de vente (agent commercial, conseiller commercial et chargé de clientèle) est, en moyenne, supérieure de 25 % aux salaires du marché, la prime n'est plus que de 16 % pour l'encadrement intermédiaire et devient en revanche négative (entre ­ 1 % et ­ 3 % par rapport au marché) pour l'encadrement supérieur. Ces distorsions résultent de la structure des rémunérations qui repose sur des classifications fondées sur des accords signés en 1987, à une époque où les caisses d'épargne avaient encore une culture de structure administrative. Cela explique que les emplois administratifs soient surclassés par rapport au marché, tandis que les emplois commerciaux apparaissent, en regard, relativement défavorisés.

Il semble, en outre, que des accords locaux dérogatoires aient encore contribué à alourdir cette dérive.

Il est apparu, au cours des auditions effectuées par la mission, que les personnels étaient peu conscient de la prime dont ils bénéficiaient par rapport à l'ensemble des salariés du secteur bancaire.

En dépit de ses imperfections, le tableau suivant (note 3) qui établit la comparaison entre les salaires annuels moyens, les effectifs et le PNB de chaque caisse et de son principal concurrent local, tout en faisant apparaître des situations très contrastées selon les caisses, montre bien le handicap dont certains peuvent souffrir vis-à-vis des autres établissements de crédit pour répondre à une mission qui consisterait à offrir à une clientèle populaire le meilleur service au moindre coût.

Comparaison du salaire moyen, des effectifs et du PNB entre les caisses régionales
et leur principal concurrent local (données de 1996)

Caisses d'épargne
Salaire annuel moyen (en milliers de francs)
Salaire annuel moyen du principal concurrent (en milliers de francs)
Écart caisse d'épargne concurrent (en %)
Effectif ETP mensuel moyen
Effectif ETP mensuel moyen du principal concurrent
Écart caisses d'épargne concurrent (en %)
PNB (en milliers de francs)
PNB du principal concurrent (en milliers de francs)
Écart caisses d'épargne concurrent (en %)
Principal concurrent
Alpes
191
165
15,5
1.079
682
58,2
796.507
547.697
45,4
Banque populaire savoisienne
Alsace
199
171
16,1
1.055
818
29,0
785.227
614.647
27,8
Banque populaire de Strasbourg
Aquitaine-Nord
200
180
11,5
1.129
798
41,4
747.210
832.900
- 10,3
Crédit agricole de la Gironde
Auvergne
185
198
- 6,5
797
2.092
- 61,9
587.226
1.786.637
- 67,1
Crédit agricole du Centre France
Basse-Normandie
192
217
- 11,5
711
790
- 10,0
459.581
616.000
- 25,4
CI de Normandie
Bourgogne
195
178
9,6
1.042
649
60,5
850.589
488.556
74,1
Banque populaire de Bourgogne
Bretagne
190
189
0,4
1.211
1.150
5,3
824.486
1.056.000
- 21,9
Crédit agricole du Finistère
Centre Val de Loire
189
197
- 4,3
786
1.390
- 43,5
557.735
1.189.718
- 53,1
Crédit agricole Touraine-Poitou
Champagne-Ardenne
199
198
0,2
770
2.468
- 68,8
562.752
1.862.874
- 69,8
Crédit agricole du Nord-Est
Côte d'Azur
204
224
- 8,8
1.610
3.368
- 52,2
1.208.633
2.789.000
- 56,7
Lyonnaise de banque
Flandre
211
197
7,4
1.044
1.334
- 21,7
832.647
1.172.700
- 29,0
Crédit agricole du Nord
Franche-Comté
193
181
6,6
662
902
- 26,6
423.348
785.000
- 46,1
Banque populaire de Franche-Comté
Haute-Normandie
196
189
3,7
1.104
992
11,3
801.623
858.000
- 6,6
Crédit agricole de Seine-Maritime
Île de France-Nord
203
194
4,4
875
728
20,2
640.567
580.217
10,4
Banque populaire de la région Nord de Paris
Île de France-Ouest
214
170
26,1
795
1.037
- 23,4
659.123
758.000
- 13,0
Banque populaire de la région Ouest de Paris
Île de France-Paris
214
197
8,4
3.237
3.410
- 5,1
2.363.178
2.834.000
- 16,6
CIC Paris
Languedoc-Roussillon
185
186
- 0,4
1.586
1.691
- 6,2
1.119.862
1.422.053
- 21,3
Crédit agricole du Midi
Limousin
203
194
4,6
587
1.494
- 60,7
411.531
1.057.059
- 61,1
Crédit agricole Charente Périgord
Loire-Drôme-Ardèche
194
224
- 13,3
1.342
3.368
- 60,1
945.447
2.789.000
- 66,1
Lyonnaise de banque
Lorraine-Nord
192
196
- 2,3
759
956
- 20,6
602.346
924.000
- 34,8
Banque populaire de Lorraine
Midi Pyrénées
214
191
12,0
1.664
842
97,6
1.333.037
816.582
63,2
Crédit agricole Toulouse et Midi-toulousain
Pas-de-Calais
208
167
24,3
924
1.070
- 13,6
695.979
974.400
- 28,6
Crédit agricole du Pas-de-Calais
Pays de l'Adour
198
211
- 6,4
593
715
- 17,1
425.309
552.600
- 23,0
Société bordelaise
Pays de Loire
196
188
4,3
1.449
1.453
- 0,3
1.087.414
1.157.166
- 6,0
Crédit mutuel Loire-Atlantique et Centre-Ouest
Pays du Hainaut
201
197
2,4
559
1.334
- 58,1
454.491
1.172.700
- 61,2
Crédit agricole du Nord
Pays lorrains
179
196
- 8,8
660
2.350
- 71,9
495.692
1.725.300
- 71,3
SNVB
Picardie
195
179
9,0
1.022
887
15,2
910.483
715.016
27,3
Crédit agricole de l'Oise
Poitou-Charentes
209
184
13,8
957
1.293
- 26,0
761.360
850.000
- 10,4
Crédit mutuel de l'Océan
Provence-Alpes-Corse
192
192
0,0
2.383
2.116
12,6
1.628.532
1.662.208
- 2,0
Crédit agricole Alpes-Provence
Rhône-Alpes-Lyon
189
170
11,2
1.827
3.580
- 49,0
1.310.079
2.970.500
- 55,9
Crédit agricole Centre-Est
Val de France Orléanais
209
177
17,8
952
922
3,3
692.173
714.000
- 3,1
Crédit mutuel du Centre
Total 31 caisses d'épargne
199
 
  
35.171
 
 
25.974.167
 
 
 

Il convient certes d'insister sur les limites de la comparaison du salaire annuel moyen de chaque caisse d'épargne avec son concurrent principal :

Ni les rémunérations collectives (intéressement, participation, etc.), ni la durée du travail ne sont prises en compte dans la comparaison (par exemple en Provence, Alpes, Corse, la caisse d'épargne est à 36 heures hebdomadaires et le Crédit agricole à 39 heures).

Il convient donc d'insister sur le fait que les écarts de rémunération en faveur des caisses d'épargne sont très sensiblement supérieurs à ceux constatés en première lecture sur le tableau ci-dessus.

Ainsi, le CENCEP estime-t-il que le niveau actuel de rémunération des personnel des caisses d'épargne par rapport au marché coûte 5,78 points de PNB au réseau soit, sur la base d'un produit net bancaire consolidé de 27,7 milliards de francs en 1996, 1,6 milliard de francs.

b) Des embauches nombreuses et récentes

Depuis dix ans, le poids des banques AFB en tant qu'employeurs n'a cessé de se réduire. Elles ne représentent plus, en 1996, que 53,4 % des effectifs des établissements des crédits, contre près de 60 % en 1985.

À l'inverse, le poids des réseaux mutualistes et des caisses d'épargne n'a cessé de croître. Les mutualistes représentent ainsi 29,4 % des effectifs, contre 27 % il y a 10 ans. Les caisses d'épargne regroupent 9 % des effectifs du secteur bancaire en 1996, contre 6 % en 1985.

Cette évolution est le fruit du fort courant d'embauche constaté dans le réseau depuis 1983, courant qui s'est encore accentué après 1995. Elle est justifiée par les conséquences du changement de statut qui, en dynamisant le réseau, ont engendré un besoin fort de personnels commerciaux destinés à améliorer l'accueil au guichet et le potentiel de vente des caisses. Même si ces recrutements ont pu être partiellement tempérés par une réorientation des personnels administratifs vers des fonctions commerciales, il est clair que cette reconversion n'a pu être ni immédiate, ni totale. En réalité, elle n'est d'ailleurs pas achevé, puisque les emplois administratifs représentaient encore 34,2 % des emplois du réseau fin 1993 et 31,7 % fin 1996.

Au total, le réseau des caisses d'épargne employaiten 1996, 39.000 salariés contre 85.000 pour le Crédit agricole, 53.000 pour la BNP, 46.000 pour la Société générale et 23.000 pour le Crédit mutuel.

S'il y a lieu de se réjouir de cette contribution de réseau à la défense de l'emploi, l'on constatera malgré tout que telle n'est pas la mission qui lui avait été confiée par le législateur et que la politique de recrutement ne saurait être menée indépendamment des paramètres permettant d'assurer la pérennité économique de l'entreprise.

c) Des dépenses informatiques très importantes

Autre élément d'alourdissement des coûts d'exploitation, les charges informatiques du réseau représentent 15 % du PNB en moyenne, contre 10 % dans les autres établissements bancaires.

Le niveau élevé de cette charge résulte de choix technologiques inadaptés et d'une insuffisante coopération entre caisses régionales (on peut citer à titre d'exemple les caisses de la région parisienne ou le refus de la caisse d'épargne Côte d'Azur de se doter d'un applicatif compatible avec celui de la caisse Provence-Alpes-Corse).

Le CENCEP a d'ailleurs renoncé à mettre en place un système national après avoir dépensé en ce sens près d'un milliard de francs.

Même si le nombre de plates-formes informatiques a été ramené de 14 à 7, de nombreux exemples illustrent la persistance ou l'accroissement de divergences génératrices de coûts futurs irréversibles :

En outre, la prédominance d'une organisation encore largement centrifuge compromet le fonctionnement de la communauté en tant qu'entreprise performante : la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre restent largement éclatées et encore mal organisées à ce jour.

En particulier, les responsabilités régionales déléguées de maîtrise d'ouvrage et de maîtrise d'œuvre restent, dans certains cas, à arrêter ou à formaliser ; si des pôles de compétences spécialisés prennent forme progressivement, ils reposent sur des consensus partiels et fragiles et ne sont pas conçus comme des éléments stables d'une filière de production dont la performance technique et économique est l'objectif principal ; de ce fait, la sélection des investissements informatiques, difficile par nature car elle implique à la fois une exacte connaissance des besoins des utilisateurs et une capacité à apprécier l'adéquation des solutions techniques aux objectifs fixés, devient particulièrement longue et complexe au sein des communautés ;

L'informatique fournit donc un gisement potentiel important de réduction des coûts d'exploitation du réseau. Encore faut-il que la recherche de rationalisation soit menée avec pragmatisme.

2. Des marges de manœuvre sur le produit net bancaire

Conséquence du niveau élevé des coûts d'exploitation, la rentabilité du réseau est faible, qu'elle soit mesurée par rapport au total du bilan ou par rapport aux fonds propres (inférieure à 3 % depuis plusieurs années , 2,9 % en 1996 (note 4). Elle est en outre fragile : ainsi la contribution de l'activité de crédit au résultat continue à décliner en dépit du dynamisme commercial relevé précédemment. La part des produits d'intérêts et d'exploitation dans le produit net bancaire (PNB) a perdu 6 points au profit des produits nets sur opérations financières. Les opérations sur portefeuille titres assurent désormais le " lissage " du résultat. Au-delà, le poids croissant des liquidités accroît la dépendance des caisses d'épargne à l'égard des conditions de leur gestion alors même que les taux diminuent.

La part des commissions dans le PNB

 
1993
1996
Variation 93/96 (en points)
Caisses d'épargne
13,9
15,0
+ 1,1
Crédit Agricole
15,7
18,5
+ 2,8
Crédit Mutuel
18,2
22,4
+ 4,2
BNP
19,9
22,5
+ 2,6
Société Générale
23,2
28,3
+ 5,1
Crédit Lyonnais
20,8
26,0
+ 5,2
Banques Populaires
25,6
32,5
+ 6,9

La part des activités de portefeuille dans le PNB (note 5)

 
Moyenne 1993/1996
Variation 93/96 (en points)
Caisses d'épargne
9,9
8,2
+ 1,1
Crédit Agricole
13,0 (note 6)
8,3
+ 4,7
Crédit Mutuel
5,4
7,7
- 5,7
BNP
12,6
11,8
- 0,5
Société Générale
21,3
23,2
- 5,4
Crédit Lyonnais
14,8
13,2
- 2,9

Les perspectives d'évolution du PNB, des charges d'exploitation et donc de la rentabilité sont, cependant, réelles et importantes. Elles sont fonction de plusieurs facteurs. Par exemple :

Il faut, enfin, insister sur le fait que les données présentées au niveau global du réseau des caisses d'épargne recouvrent une réalité extrêmement diverse. Les 34 caisses d'épargne sont dans des situations très hétérogènes. Et si les échecs patents de certaines inquiètent, les réussites de quelques autres sont, au contraire, de nature à rassurer : si ces dernières parviennent à dégager des résultats tout à fait satisfaisants, cela prouve bien qu'il n'y pas de fatalité aux difficultés financières.

Cette hétérogénéité est avérée sur le plan commercial. Le dynamisme comme la taille des caisses d'épargne sont très inégaux. La moyenne des versements de crédit tous marchés 1992/1997 varie ainsi de 1 à 3 entre la caisse la plus dynamique (Île de France Ouest) et la moins dynamique (Franche Comté). Cette situation ne reflète pas seulement la taille de la caisse d'épargne ou du marché comme en témoignent, a contrario, les mauvais classements de Rhône-Alpes Lyon et d'Aquitaine Nord par exemple.

Crédits : versements tous marchés

Caisse
Moyenne 92/97
1997
1996
1995
1994
1993
1992
Ile-de-France-Ouest
1.504
2.445
662
2.125
1.893
1.034
863
Midi Pyrénées
1.378
2.207
1.007
1.575
1.281
955
1.240
Bourgogne
1.054
1.538
801
1.369
1.151
740
722
Île-de-France Paris
1.051
1.997
1.098
1.420
1.420
544
-175
Val de France Orléanais
1.042
1.314
419
1.573
1.259
1.059
629
Alpes
1.031
1803
648
1.566
1.089
765
313
Bretagne
1.010
1.622
862
1.283
1.008
724
558
Picardie
985
1.368
1.245
1.523
764
586
421
Pays de Loire
984
1.859
970
1.118
818
542
595
Ile-de-France-Nord
942
1.766
421
1.350
1.353
728
36
Lorraine Nord
934
1.126
457
1.274
1.104
796
845
Flandre
929
573
1.302
1.292
801
875
730
Basse Normandie
926
1.437
643
1.174
973
865
464
Pays de l'Adour
898
1.490
517
1.116
1.022
664
580
Auvergne
896
1.534
345
1.104
903
897
594
Loire Drôme Ardèche
895
933
863
1.462
924
726
461
Champagne Ardenne
879
1.441
480
1.437
721
538
656
Provence Alpes Corse
857
1.278
376
1.069
1.015
846
560
Pays Lorrains
854
1.388
300
1.311
947
492
684
Haute Normandie
847
1.286
600
1.224
825
470
676
Poitou-Charentes
825
1.099
391
949
814
763
935
Languedoc Roussillon
819
1.201
474
1.196
982
549
512
Centre Val de Loire
799
1.608
582
929
641
545
491
Côte d'Azur
777
1.570
554
1.204
813
156
362
Pas-de-Calais
761
1.135
258
1.158
555
655
806
Rhône Alpes Lyon
755
1.275
234
1.273
807
607
331
Aquitaine Nord
703
1.160
270
724
899
635
529
Alsace
685
763
-7
386
1.053
1.101
812
Limousin
671
1.280
160
897
797
489
401
Pays du Hainaut
650
1.104
260
1.047
327
703
456
Franche Comté
526
760
-75
870
528
639
431
Meilleure performance nationale.
Plus faible performance commerciale.

Les écarts en terme de dynamisme de la collecte sont moins importants. La moyenne 1992-1997 de la caisse d'épargne Île de France Ouest est supérieure de près de 80 % à celle de la caisse d'épargne de Côte d'Azur et encore de près de 60 % à celle d'Aquitaine Nord.

Collecte : excédents tous marchés

Caisse
Moyenne 1992/1997
1997
1996
1995
1994
1993
1992
Ile-de-France-Ouest2.595 3.6522.8542.032 2.5482.4152.070
Flandre2.586 3.5892.5312.601 2.5852.2231.984
Midi Pyrénées2.573 3.2032.7412.401 2.7572.3092.025
Basse Normandie2.472 3.2033.0002.545 3.1951.6801.208
Bretagne2.439 2.9163.0942.174 2.1462.5741.730
Ile-de-France-Nord2.435 3.9192.9871.500 2.1252.1331.944
Pays de Loire2.377 3.5082.8192.014 2.6541.9361.333
Provence Alpes Corse2.348 3.3364.2342.617 1.6271.1861.085
Languedoc Roussillon2.332 2.7722.2272.026 2.5152.3702.080
Lorraine Nord2.309 3.0423.2522.433 2.2751.5591.291
Haute Normandie2.274 3.1532.6992.191 2.2781.8831.440
Poitou-Charentes2.260 2.6762.7312.019 2.4831.7661.885
Alpes2.224 3.7282.7981.799 2.2611.6791.080
Alsace2.217 2.8452.5241.886 2.4101.7701.868
Champagne Ardenne2.191 3.3622.5681.816 2.1992.0691.130
Pays de l'Adour2.098 2.6732.1902.505 2.5121.4191.287
Île-de-France Paris2.057 3.1202.5021.648 2.1691.8641.036
Loire Drôme Ardèche2.029 3.4312.4761.900 1.9121.3701.082
Picardie2.008 2.5822.8842.362 1.7491.1951.273
Rhône Alpes Lyon1.997 2.7892.0881.611 1.9651.9101.617
Bourgogne1.992 2.8652.4291.971 2.2531.468965
Val de France Orléanais1.930 2.5552.3651.746 2.1231.6501.139
Pas-de-Calais1.911 2.7151.9001.748 1.9701.6501.481
Limousin1.844 2.7381.7491.430 2.2791.6001.267
Centre Val de Loire1.842 2.2632.3521.825 1.8021.6031.208
Auvergne1.825 2.3172.0801.714 1.9891.5151.336
Pays Lorrains1.804 2.3072.1571.560 2.0171.3841.401
Pays du Hainaut1.801 2.1531.9872.099 1.9171.6131.037
Franche Comté1.749 2.5202.0901.557 1.7071.4281.193
Aquitaine Nord1.648 2.3392.0591.453 1.4979751.567
Côte d'Azur1.499 2.1842.0781.491 1.2599011.082
Meilleure performance nationale.
Plus faible performance commerciale.

En matière financière, les écarts sont aussi importants et probablement plus significatifs quand ils sont ramenés à des performances par agent. Sur 1997, ainsi, le PNB par agent de la caisse d'épargne de Picardie (déjà première sur ce point en 1996) est supérieur de 46 % au PNB de celle du Limousin. La dispersion des résultats est confirmé par un calcul d'écart type : celui-ci est de 64 soit de près de + ou - 10 % par rapport à la moyenne. L'écart entre la moyenne des trois premières et celle des trois dernières est encore de 34 %.

PNB par agent et coefficient d'exploitation

1996
1997 (*)
Caisse
PNB
PNB/Agent (en kf)
Coefficient d'exploitation
PNB
PNB / Agent (en kf)
Coefficient d'exploitation (en %)
Picardie
870.282
851
73,0
914.480
897
69,3
Flandre
878.025
841
81,2
874.478
867
82,9
IDF Ouest
816.562
775
84,5
681.578
853
79,9
Bourgogne
854.285
820
77,5
866.734
828
74,8
Pays du Hainaut
458.168
819
75,4
440.281
810
79,0
Pays Lorrains
495.031
750
83,2
519.700
806
83,3
Lorraine Nord
629.039
830
79,9
613.047
804
82,5
Alsace
767.361
727
88,2
830.315
792
82,2
Alpes
782.834
725
81,1
829.640
783
77,6
Midi Pyrénées
1.278.579
768
81,8
1.257.488
773
84,0
Poitou Charentes
661.471
691
95,7
743.904
766
89,1
Languedoc Roussillon
1.157.071
730
75,5
1.128.871
763
78,2
Pas-de-Calais
689.657
746
81,9
695.515
747
82,7
Auvergne
605.710
760
78,4
589.309
745
80,8
Provence Alpes Corse
1.643.717
690
81,4
1.760.000
743
78,7
IDF Paris
2.382.083
736
87,2
2.315.111
738
87,8
Loire Drôme Ardèche
962.665
717
87,6
976.007
731
86,2
Champagne Ardenne
529.450
688
85,7
558.242
722
82,3
Côte d'Azur
1.192.354
741
88,9
1.168.682
722
92,2
Haute Normandie
808.988
733
78,6
791.541
718
80,3
Rhône Alpes Lyon
1.349.967
739
76,1
1.297.628
714
83,1
Pays de l'Adour
427.519
721
80,4
422.706
711
83,3
Pays de Loire
1.010.183
697
81,5
1.024.029
707
85,4
Centre Val de Loire
535.065
681
85,7
553.293
704
81,9
IDF Nord
652.426
746
84,0
611.627
702
91,0
Val de France Orléanais
701.484
737
85,1
665.097
697
93,1
Bretagne
812.549
671
84,5
834.262
689
83,3
Aquitaine Nord
773.357
685
85,9
765.002
685
87,1
Franche Comté
459.203
693
84,1
438.958
682
92,0
Basse Normandie
471.322
663
87,7
460.675
639
91,6
Limousin
405.797
691
83,5
360.052
615
93,3
31 Caisses
25.862.204
735
82,7
25.988.251
746
83,5
Moyenne des 3 meilleures
1.791.922
841
74,6
1.790.913
872
73,9
Moyenne des 3 moins bonnes
430.495
672
91,0
407.239
645
92,9

(*) Données provisoires.

Plus importants encore sont les écarts entre coefficients d'exploitation. Ceux-ci mesurent, de manière synthétique, le dynamisme commercial et financier d'une caisse mais aussi sa capacité à maîtriser ses coûts de gestion. Les classements en termes de PNB et de coefficient d'exploitation sont, d'ailleurs, assez fortement corrélés et la caisse d'épargne de Picardie a un coefficient d'exploitation inférieur de 24 points à celui de la caisse d'épargne du Limousin. En ajustant aux trois meilleures et trois moins bonnes, l'écart se réduit à 19 points mais reste très substantiel.

Toute analyse du réseau doit impérativement prendre en compte ces différences fortes. Un raisonnement global est, par construction, délicat quand les écarts sont d'une telle ampleur.

3. L'exemple de la Rabobank : la faible rentabilité des caisses d'épargne ne s'explique pas par leur statut

L'on pourrait être tenté d'imputer la faible rentabilité des caisses d'épargne à leur statut, qui faute de leur imposer des actionnaires à rémunérer ou une mission précise à financer, ne les invite pas à améliorer leurs résultats, d'autant qu'à l'heure actuelle, la seule finalité de ces résultats consiste, au-delà du subventionnement d'un certain nombre d'actions de mécénat, à aller abonder le montant déjà excédentaire des fonds propres des caisses.

L'exemple de la Rabobank néerlandaise montre que l'absence de rémunérations des détenteurs de parts et le but non lucratif ne sont cependant pas des causes inéluctables de faible rentabilité.

La Rabobank (note 8) n'est pas une caisse d'épargne mais ses statuts la rapprochent très fortement des caisses d'épargne françaises. Elle regroupe 540 banques locales autour de Rabobank Pays-Bas. Les banques locales regroupent non des actionnaires ou des sociétaires mais des " membres ". L'adhésion est obligatoire pour les clients mais il existe des membres volontaires. L'adhésion n'est pas payante et ne donne aucun droit. En particulier, la Rabobank, comme les caisses d'épargne, ne distribue aucun dividende. En revanche les 500.000 membres sont, chacun, responsables des engagements de la banque sur leurs biens propres, à hauteur de 5.000 florins (environ 15.000 francs). La fierté locale semble être la principale motivation des adhérents. Le fonctionnement de l'ensemble est très complexe et résulte d'un jeu subtil de pouvoirs et de contre pouvoirs. Rabobank Pays Bas n'a de pouvoir de sanction vis-à-vis de la direction d'une banque locale qu'en cas de difficultés financières objectivement avérées.

La croissance externe doit être validée par un accord général des banques locales. Dans la pratique, l'assemblée centrale donne un accord annuel sur la politique à suivre. La croissance externe ne peut s'opérer que de deux manières : soit en se rapprochant d'une structure coopérative de type néerlandais soit en payant comptant l'acquisition. C'est une limite pour le développement. La Rabobank dégage cependant une rentabilité sur capitaux propres proche de 15 %. Elle est surtout, notamment du fait d'un système original de garantie solidaire, la seule institution bancaire privée au monde qui soit cotée triple A. Les statuts, très particuliers, comme ceux des caisses d'épargne, n'interdisent ainsi ni rentabilité, ni reconnaissance ni croissance externe.

L'objectif de la Rabobank est d'offrir le meilleur service à sa clientèle. C'est un mode de rémunération indirect. Les banques locales peuvent, par ailleurs, affecter une partie de leurs profits à des œuvres d'intérêt général. La décision est prise par le conseil d'administration.


Notes

(1) Le Crédit lyonnais mis à part cependant.

(2) Même si les agences de notation estiment que cette note a vocation à évoluer à la baisse à moyen terme, compte tenu d'une faible rentabilité persistante et de l'existence de marges trop réduites.

(3) Les comparaisons globales portant sur la masse salariale rapportées au personnel faussent les perspectives car elles ne permettent pas de prendre en compte les différences d'activité des réseaux et le poids important des activités internationales et de marché des autres réseaux bancaires. L'analyse comparative, région par région, est apparue, dans ces conditions, plus pertinentes.

(4) Soit pour les fonds propres une rémunération inférieure à celle offerte pour le livret A. Si l'on prend en compte les dotations au FRBG, la rentabilité se rapproche de 5 % mais reste très inférieure à celle des établissements concurrents.

(5) Le mouvement de baisse des taux a permis aux banques de faire apparaître des plus-values sur la fin de la période considérée.

(6) Impact de l'absorption d'Indosuez.

(7) Domaine où, par exemple, la caisse d'épargne de Picardie bénéficie d'une certaine avance.

(8) Née de la fusion de RAiffeisenbank et de BOerenleenbank, banque agricole.


© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie- 29 avril 1998