En s'en tenant aux caractéristiques historiques du réseau des caisses d'épargne, qu'il s'agisse de sa taille (c'est le cinquième réseau français en termes de bilan), de sa capacité commerciale (c'est le deuxième réseau collecteur d'épargne avec près de 5.000 agences), de l'importance de ses fonds propres (un peu plus de 65 milliards de francs, ce qui le place au deuxième rang des banques françaises), de la profondeur de son insertion régionale et de sa solidité financière, liée à l'absence de risques immobiliers et à son adossement à la Caisse des dépôts et consignations, l'on serait enclin à considérer, de prime abord, que les caisses d'épargne peuvent poursuivre leur activité sans modification de leur statut et de l'organisation du réseau.
Cependant, si l'on prend en compte les mutations accélérées de l'environnement bancaire français et international, la position future du groupe caisse d'épargne s'avère fragile et pourrait, à terme, devenir objet de préoccupation pour les pouvoirs publics.
Ainsi, la taille du réseau des caisses d'épargne (700 milliards de francs de total de bilan hors livret A) est-elle en fait celle d'un groupe moyen au niveau français (comparable à celui du CIC, du Crédit mutuel ou des Banques populaires) et d'un groupe réduit au plan européen, même comparé à ses homologues (Westdeutsche Landesbank : 1.200 milliards de francs de bilan ; Bayerische Landesbank : 1.230 milliards de francs de bilan) et, bien sûr, sans commune mesure avec les grands groupes bancaires privés européens.
Sa capacité bénéficiaire reste modeste (moins de 2,8 % de retour sur fonds propres) et tend à décrocher de l'évolution générale vers une restauration des marges enregistrée au cours des deux derniers exercices pour les autres établissements bancaires. Comparée aux autres réseaux coopératifs ou mutualistes français, la rentabilité du groupe caisse d'épargne (résultats + fonds pour risques bancaires généraux) reste inférieure (moins de 5 % contre 8 à 15 %).
Sa puissance commerciale, fondée sur la proximité d'un réseau d'agences strictement national, peut se trouver altérée dans le cadre du grand marché européen de plus en plus ouvert aux techniques modernes de la banque à distance (commerce électronique, internet, concurrence des opérateurs non bancaires).
Sa solidité financière reste fondée sur une seule ligne de métier : la banque de détail. Enfin, l'importance des liquidités non réutilisées en emplois directs pose le problème de la capacité du réseau à mettre en valeur, pour luimême comme pour la collectivité, sa puissance financière.
Dans ces conditions, l'on peut craindre que laisser les caisses d'épargne inchangées sur la base actuelle, ne conduise lentement à éroder la place qu'elles occupent dans l'économie nationale et à les fragiliser face au marché européen. Les caisses d'épargne, confinées dans leur rôle d'établissement collecteur, dépendant de l'épargne fiscalement aidée, ne subsisteraient que pour autant que les produits financiers issus des fonds propres permettraient d'équilibrer une exploitation bancaire faiblement excédentaire.
En outre, la réalisation de la monnaie unique, l'élargissement du champ d'action des institutions financières, et l'intensification de la concurrence entre les établissements de crédits qui en résultera, conduisent à s'interroger sur la place dévolue à un établissement doté d'un statut sui generis au sein du paysage bancaire français et européen.
Une fois cette interrogation examinée, il y a lieu de se pencher sur les facteurs de faiblesse actuelle du réseau des caisses d'épargne, qu'il s'agisse de leur rentabilité réduite, de l'incertitude pesant sur la propriété de leur fonds propres, des modes de fonctionnement du réseau ou encore de l'avenir de la Caisse générale de retraite des personnels.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie- 29 avril 1998