
Avis n°2002-07 du 27 juin 2002
Relatif à l'amortissement et à la dépréciation des actifs
L’assemblée plénière du Conseil national de la comptabilité, réunie le 27 juin 2002, approuve l’avis relatif à l’amortissement et à la dépréciation des actifs. Elle demande au Conseil de transmettre cet avis au Comité de la réglementation comptable pour que les dispositions normatives soient reprises dans le règlement n° 99-03 du CRC relatif au plan comptable général et souligne la portée pour les comptes consolidés des dispositions reprises au § IV ci-après.
Sommaire
2 - Conditions de comptabilisation et modalités d’évaluation
2.1 - Conditions de comptabilisation et modalités d’évaluation des amortissements
2.2 - Conditions de comptabilisation et modalités d'évaluation des dépréciations
3 - Informations à porter en annexe
3.3 - Rapprochement entre les valeurs comptables à l’ouverture et à la clôture de l’exercice
4 - Liens avec les comptes consolidés
4.1 - Retraitement des plans d’amortissement retenus dans les comptes sociaux
Elle émet le vœu que :
Le présent avis porte sur :
Le champ de l’étude exclut :
Compte tenu de ces exclusions, l’étude couvre l’amortissement et la dépréciation :
Les textes présentés en gras ci-après, sont destinés, à l’exception des têtes de chapitre, à être repris dans le plan comptable général.
Actif amortissable
Un actif amortissable est un actif dont l’ utilisation par l’entité est déterminable.
Utilisation
L’utilisation pour une entité se mesure par la consommation des avantages économiques attendus de l’actif. Elle peut être déterminable en termes d’unités de temps ou d’autres unités d’œuvre lorsque ces dernières reflètent plus correctement le rythme de consommation des avantages économiques attendus de l’actif.
La notion " d’avantages économiques attendus de l’actif " ne doit pas être interprétée de manière restrictive. Ainsi, par exemple, pour les entités du secteur associatif ou du secteur public autres que celles ayant une activité principalement industrielle et commerciale, elle peut correspondre à la notion de potentiel de services attendus.
Dans les comptes individuels, l'entreprise pourra, dans certains cas, retenir les durées résultant des usages professionnels généralement admis, qui peuvent être différentes des durées qui lui sont propres.
La détermination de l’utilisation s’appuie sur une démarche explicite et documentée.
L’utilisation d’un actif est déterminable lorsque l'usage attendu de l'actif par l'entité est limité dans le temps. Cet usage est limité dès lors que l’un des critères suivants, soit à l’origine soit en cours d’utilisation est applicable :
Ces critères ne sont pas exhaustifs. D'autres critères peuvent également être pris en compte.
Si plusieurs critères s’appliquent, il convient de retenir son utilisation la plus courte résultant de l’application de ces critères.
Une immobilisation est considérée comme ayant une utilisation indéterminable (ce qui ne signifie pas infinie) lorsque, sur la base d'une analyse de tous les faits pertinents, il n'y a pas de limite prévisible à la durée durant laquelle il est attendu que cette immobilisation procurera des avantages économiques à l'entité.
Les actifs corporels, physiques par essence, ont généralement une utilisation déterminable (c’est-à-dire finie et mesurable ). Les terrains font, en général, exception à cette règle .
Certains actifs incorporels ont une durée de consommation des avantages économiques attendus déterminable car ils bénéficient d’une protection juridique comme par exemple les technologies ayant fait l’objet de brevets ou de licences.
D’autres actifs incorporels peuvent ne pas avoir de durée de consommation des avantages économiques attendus déterminable (marques entretenues, par exemple). Dans ce cas, ils ne font pas l’objet d’un plan d’amortissement. Toutefois, en cas de décision prise d’arrêter l’utilisation d’une marque à une échéance donnée par exemple, le plan d’amortissement commence à compter de cette décision jusqu’à la date d’échéance prévue.
Amortissement
Le montant amortissable d’un actif est sa valeur brute sous déduction de sa valeur résiduelle.
L’amortissement d’un actif est la répartition systématique de son montant amortissable en fonction de son utilisation.
Le plan d’amortissement est la traduction de la répartition de la valeur amortissable d’un actif selon le rythme de consommation des avantages économiques attendus en fonction de son utilisation probable .
Le mode d’amortissement est la traduction du rythme de consommation des avantages économiques attendus de l’actif par l’entité.
L’amortissement en fonction du nombre d’unités d’œuvre ne pourra cependant pas toujours être retenu notamment en raison des règles fiscales.
Les amortissements déduits de la valeur brute traduisent le plan d’amortissement propre à l’entité. Les amortissements dérogatoires prescrits ou autorisés par des textes particuliers (cf. art 322-2 du règlement n°99-03), fondés soit sur une durée d’amortissement fiscal plus courte que son utilisation (logiciels par exemple) ou sur un mode dégressif sans changement de durée (le mode linéaire ayant été retenu dans le plan d’amortissement déduit de la valeur brute), sont des provisions réglementées traitées conformément aux articles 322.2 et 441.14 du règlement n° 99.03 du CRC et exclus du champ d’application du présent avis.
Dépréciation
La dépréciation d’un actif est la constatation que sa valeur actuelle est devenue inférieure à sa valeur nette comptable.
1.2 - Définitions des différentes valeurs
1.2.1 - Coût d’entrée
Valeur brute
La valeur brute d’un actif est sa valeur d’entrée dans le patrimoine ou, sa valeur de réévaluation .
1.2.2. - Amortissements
Valeur résiduelle
La valeur résiduelle est le montant, net des coûts de sortie attendus, qu’une entité obtiendrait de la cession de l’actif sur le marché à la fin de son utilisation.
La valeur résiduelle d’un actif n’est prise en compte pour la détermination du montant amortissable que lorsqu'elle est à la fois significative et mesurable.
La valeur résiduelle d’un actif n'est mesurable que s’il est possible de déterminer de manière fiable dès l’origine la valeur de marché à la revente du bien en fin de période d’utilisation : contrat de vente ferme, option de vente, catalogue de prix d’occasion…
Valeur nette comptable
La valeur nette comptable d’un actif correspond à sa valeur brute diminuée des amortissements cumulés et des dépréciations.
1.2.3 - Dépréciation
Valeur actuelle
La valeur actuelle est la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d’usage.
Valeur vénale
La valeur vénale est le montant qui pourrait être obtenu, à la date de clôture, de la vente d’un actif lors d’une transaction conclue à des conditions normales de marché, net des coûts de sortie.
Les conditions normales de marché sont celles des transactions intervenant entre des parties bien informées, indépendantes et consentantes.
Les coûts de sortie sont les coûts directement attribuables à la sortie d’un actif, à l’exclusion des charges financières et de la charge d’impôt sur le résultat.
Les coûts directement attribuables à la sortie d’un actif peuvent être des coûts externes et internes à l’entité, permettant de mettre l’actif en état d’être vendu. Il en est ainsi par exemple des frais d’acte, des frais de timbre et taxes similaires liées à la transaction des coûts d’enlèvement de l’actif et des coûts marginaux directement engagés pour mettre l’actif en état d’être vendu.
Valeur d'usage
La valeur d’usage d’un actif est la valeur des avantages économiques futurs attendus de son utilisation et de sa sortie. Elle est calculée à partir des estimations des avantages économiques futurs attendus. Dans la généralité des cas, elle est déterminée en fonction des flux nets de trésorerie attendus. Si ces derniers ne sont pas pertinents pour l’entité, d’autres critères devront être retenus pour évaluer les avantages futurs attendus (potentiel de services attendus par exemple).
Les critères et la méthode de calcul des avantages économiques futurs retenus pour un actif doivent être appliqués de façon permanente à chaque évaluation de la valeur d’usage de cet actif.
2 - Conditions de comptabilisation et modalités d’évaluation
2.1 - Conditions de comptabilisation et modalités d’évaluation des amortissements
2.1.1 - Conditions de comptabilisation des amortissements
A la clôture de l’exercice, une dotation aux amortissements est comptabilisée conformément au plan d'amortissement pour chaque actif amortissable même en cas d’absence ou d’insuffisance de bénéfice.
L’amortissement d’un actif commence à la date de début de consommation des avantages économiques qui lui sont attachés. Cette date correspond généralement à la mise en service de l’actif.
Au-delà du plan d’amortissement, des amortissements dérogatoires pourront être comptabilisés pour des raisons fiscales.
2.1.2 - Modalités d’évaluation des amortissements
L’amortissement est déterminé par le plan d’amortissement propre à chaque actif amortissable tel qu’il est arrêté par la direction de l’entité.
Lorsque l’utilisation, estimée lors de l'acquisition de l'actif comme indéterminable, devient déterminable au regard d’un des critères cités au § 1.1, l’actif est amorti sur l'utilisation résiduelle.
Lorsque des éléments constitutifs d’un actif sont exploités de façon indissociable, un plan d’amortissement unique est retenu pour l’ensemble de ces éléments. Si dès l’origine, un ou plusieurs de ces éléments ont chacun des utilisations différentes, un plan d’amortissement propre à chacun de ces éléments est retenu.
Le mode d’amortissement doit permettre de traduire au mieux le rythme de consommation des avantages économiques attendus de l’actif par l’entité. Il est appliqué de manière constante pour tous les actifs de même nature ayant des conditions d’utilisation identiques.
Le mode linéaire est appliqué à défaut de mode mieux adapté.
Le plan d’amortissement est défini à la date d’entrée du bien à l’actif. Toutefois, toute modification significative de l’utilisation prévue, par exemple durée ou rythme de consommation des avantages économiques attendus de l’actif, entraîne la révision prospective de son plan d’amortissement. De même, en cas de dotation ou de reprise de dépréciations résultant de la comparaison entre la valeur actuelle d’un actif immobilisé et sa valeur nette comptable, il convient de modifier de manière prospective la base amortissable.
Au cours de l’utilisation d’un actif, l’estimation de l’utilisation faite à l’origine peut ne plus apparaître appropriée. Par exemple, l’utilisation peut être allongée du fait de dépenses ultérieures sur l’actif qui améliorent son état au-delà de son niveau de performance. A contrario, des changements techniques ou des évolutions du marché peuvent conduire à réduire son utilisation. Dans de tels cas, l’utilisation et en conséquence, le taux d’amortissement sont ajustés pour l’exercice en cours et les exercices suivants conformément aux dispositions de l’article 311-6 du règlement n° 99.03 du CRC relatif aux changements d’estimation.
2.2 - Conditions de comptabilisation et modalités d'évaluation des dépréciations
2.2.1 - Critères de dépréciation
L’entité doit apprécier à chaque clôture des comptes et à chaque situation intermédiaire, s’il existe un indice quelconque montrant qu’un actif a pu perdre notablement de sa valeur.
Lorsqu’il existe un indice de perte de valeur, un test de dépréciation est effectué : la valeur nette comptable de l’actif immobilisé est comparée à sa valeur actuelle.
Pour la détermination de la valeur actuelle, il est procédé comme suit :
Indices de perte de valeur
Pour apprécier s'il existe un quelconque indice qu'un actif a pu perdre de la valeur, une entreprise doit au minimum considérer les indices suivants :
Cette liste n'est pas exhaustive. Une entreprise peut identifier d'autres indices laissant penser qu'un actif a pu perdre de la valeur. Ces indices imposent également à l'entreprise de déterminer la valeur actuelle de l'actif.
2.2.2 - Conditions de comptabilisation des dépréciations
Si la valeur actuelle d'un actif immobilisé devient inférieure à sa valeur nette comptable, cette dernière, si l’actif continue à être utilisé, est ramenée à la valeur actuelle par le biais d'une dépréciation. En effet, l’article 8 du décret n° 83-1020 du 29 novembre 1983 conduit à considérer que la référence à la valeur actuelle ne peut résulter que de causes dont les effets ne sont pas jugés irréversibles.
Toutefois, lorsque la valeur actuelle n'est pas jugée notablement, c’est à dire de manière significative, inférieure à la valeur nette comptable, cette dernière est maintenue au bilan.
La comptabilisation d’une dépréciation modifie de manière prospective, la base amortissable de l’actif déprécié.
2.2.3 - Suivi des dépréciations
Les règles relatives à l'évaluation des dépréciations lors de leur première constatation s'appliquent à leur évaluation postérieure.
En particulier, lorsque l'indice montrant que l'actif avait pu perdre de la valeur a disparu ou diminué, la valeur d'usage est réestimée, la dépréciation est ajustée et le plan d’amortissement est modifié de manière prospective. Toutefois, la valeur nette comptable d’un actif, augmentée suite à la reprise d’une dépréciation, ne doit pas être supérieure à la valeur nette comptable qui aurait été déterminée (valeur brute moins amortissements) si aucune dépréciation n’avait été comptabilisée pour cet actif au cours des exercices antérieurs.
3 - Informations à porter en annexe
L’annexe doit comporter les information qui suivent dès lors qu’elles sont significatives.
Pour chaque catégorie d’immobilisations, une information est fournie sur :
Pour les dépréciations comptabilisées ou reprises au cours de l’exercice pour des montants individuellement significatifs, une information est fournie sur :
3.3 - Rapprochement entre les valeurs comptables à l’ouverture et à la clôture de l’exercice
Un rapprochement entre les valeurs comptables à l’ouverture et à la clôture de l’exercice, doit faire apparaître :
En outre, pour chaque catégorie d’actifs, corporels et incorporels, une information est fournie sur la valeur brute comptable et le cumul des amortissements (regroupé avec le cumul des dépréciations) à l’ouverture et à la clôture de l’exercice.
4 - Liens avec les comptes consolidés
4.1 - Retraitement des plans d’amortissement retenus dans les comptes sociaux
En application des dispositions des articles 248-6 du décret du 23 mars 1967 et du paragraphe 303 des règlements n° 99-02, 99-07 et 2000-05 du CRC, lorsque l’entité établit des comptes consolidés, elle doit procéder aux retraitements relatifs à l’homogénéisation des méthodes et modalités d’évaluation retenues pour la consolidation et à l’élimination de l’incidence sur les comptes consolidés des écritures passées pour la seule application des législations fiscales.
Pour établir ses comptes consolidés, l’entité consolidante doit déterminer le plan d’amortissement de chacun de ses actifs hors de toute disposition propre aux réglementations et doctrines fiscales ou autres réglementations spécifiques non comptables.
Ces dispositions peuvent avoir des incidences sur la pratique de l’amortissement dans ses comptes individuels et conduire, dans certains cas, à un plan d’amortissement différent de celui retenu dans ses comptes consolidés. Ces différences peuvent porter sur l’utilisation et le mode d’amortissement.
Lorsqu’une entité consolidante acquiert une autre entité, la valeur d’entrée attribuée à un actif constitue sa nouvelle valeur brute (Règlement 99.02 § 21120) et entraîne la définition d’un plan d’amortissement propre aux comptes consolidés. Ce plan peut être différent de celui qui continue à s’appliquer dans les comptes individuels (voire consolidés) de l’entité acquise, pour les raisons suivantes :
Les dispositions du paragraphe 300 des règlements 99-02, 99-07 et 3000 du règlement n°2000-05 du CRC indiquent que le groupe ne peut pas, dans une situation donnée et à partir de faits identiques, apprécier les risques et charges de manière différente dans les comptes consolidés et les comptes individuels, ou les comptes de sous-groupes. Ce principe s’applique aux dépréciations. Aussi, les dépréciations devraient être identiques, sauf en cas de réappréciation justifiée au niveau du groupe, des modalités de calcul des flux.
1) Un instrument financier désigne tout contrat qui donne lieu à la fois à un actif financier pour une entreprise et à un passif financier ou à un instrument de capitaux propres pour une autre.
Un actif financier désigne tout actif qui est :
(a) de la trésorerie ;
(b) un droit contractuel de recevoir d’une autre entreprise de la trésorerie ou un autre actif financier ;
(c) un droit contractuel d’échanger des instruments financiers avec une autre entreprise dans des conditions potentiellement favorables ; ou
(d) un instrument de capitaux propres d’une autre entreprise.
2) La valeur actuelle correspond à la valeur d'inventaire mentionnée dans les textes de niveau supérieur.
©Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, juillet 2002